Perdre ses clés ou comment survivre à l’Apocalypse ?

Prédicateur : David KUGLER

Date : dimanche 20 octobre 2019
Référence : Philippiens 4 : 4 - 9

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Il est 6 h 29

Je regarde mon réveil qui va sonner dans une minute, que me réserve cette journée ?

Je prépare la journée à 8h avec mon adjoint, j’ai une réunion à 9h avec le service financier pour caler le budget, puis un repas dans une association de quartier, ce n’est pas là que je vais perdre des kilos, un autre réunion avec le conseil départemental sur la mobilité des jeunes, et en fin de journée je dois voir les délégués du personnel pour des odeurs nauséabondes dans les toilettes, et après ça je suis tranquille, juste une petite réunion de conseil de L’Église, j’espère juste qu’elle ne se finira pas après minuit.

Le réveil sonne.

Je prends mon petit déjeuner, je prends ma douche, je choisis la chemise de la journée marathon, tout va bien, je suis super dans les temps et au moment de prendre les clés dans le pot réservé aux clés, plus de clés !

Pas de problème, elles sont sûrement dans ma veste, pas dans la veste, dans mon pantalon de la veille, pas dans le pantalon de la veille

Pas de panique, elles sont sûrement restées dans la voiture, pas dans la voiture.

Une légère angoisse commence à monter J’enlève mon blouson, je vais à la cuisine, pas de clés

J’ai perdu mes clés, et avec elle toute capacités à relativiser.

Je commence à réfléchir à mon organisation sans voiture, sans pouvoir fermer la maison, sans pouvoir ouvrir mon portail

Cette fois ci la panique est là Mes clés, ces objets qui me garantissent à la fois sécurité et liberté, ces objets qui me permettent de vivre, sans elles je me retrouve dans une impasse, sans elles je suis mort !

Où peuvent elles se trouver ?

Je passe par toutes les phases émotionnelles de la recherche d’objet perdu

Phase 1 : la logique : je reviens sur mes pas Je cherche aux endroits les plus probables, je respire J’essaye de rester calme, ce n’est pas la fin du monde, elle vont bien ressortir.

Phase 2 : l’autoflagellation En allant de pièces en pièces, pour passer en revue les étagères et tous les coins possibles je me couvre de reproche, je suis trop bête, mais ce n’est pas possible d’être aussi nul.

Phase 3 : la frustration : je m’indigne, je jure, à chaque seconde ma colère monte d’un cran, je m’en prends à moi-même, à mon fils, à mon chat.

A Dieu presque, il sait Lui où elles sont alors pourquoi ne m’aide t’il pas ? Il a le pouvoir de les faire ressortir, il a créé l’univers, il pourrait bien faire sa pour moi, son enfant qu’il aime !!!

Un bout de métal de cinq centimètres suffit à provoquer en moi une petite crise théologique.

Phase 4 la panique : je commence à rechercher partout y compris à des endroits tout à fait improbables Je farfouille au hasard dans les tiroirs, je vérifie trois fois les poches de mon pantalon, on ne sait jamais je suis peut-être passé à côté les deux premières fois.

Je regarde ma montre, j’ai déjà perdu neuf minutes.

Phase 5 : le dernier recours, je m’arrête et je prie. OK, respire, du calme, ma réaction est peut être un peu excessive Je demande à Dieu de m’aider à relativiser Je me rappelle qu’un ami catholique m’a un jour conseillé d’invoquer Saint Antoine si je perdais quelque chose Bon je ne vais pas en arriver là quand même, pour ces clés, mais bon ça m’a effleurer l’esprit.

Phase 6 : le découragement J’abandonne et je me laisse tomber sur le canapé Je ne retrouverais jamais mes clés C’est sans espoir je suis fichu et je vais rester dans cette maison pour toujours Je regarde sans les voir les arbres nus et les moineaux qui sautillent dehors près de ma voiture …verrouillée. Plus rien n’a d’importance, ma journée est ruinée, j’en ai marre de ces clés, de moi, de cette planète, de l’univers …

Je pose ma tête sur le canapé pour dormir, pour mourir…

Et là je ressens quelque chose sur ma joue, entre les coussins du canapé.

Mes clés ! Je suis seul mais je crie, « elles sont là ». Je remercie tout le monde, mon fils, mon chat que j’embrasse, et bien sur mon Dieu, mon papa qui a permis dans son immense bonté pour son enfant qu’Il aime, que je retrouve ces clés.

Cette histoire aura duré 15 minutes, un petit incident, rien de grave, 15 petites minutes qui seront vite oubliées.

Mais c’était aussi l’apocalypse.
Le mot « apocalypse » signifie littéralement « dévoilement, révélation ».

Il est venu pour ceux qui sont perdus

Dans ma colère, ma mauvaise humeur, mes reproches à moi-même, mes jurons, mes doutes et mon désespoir, j’ai pu entrevoir pendant quelques minutes à quel point j’ai besoin de garder le contrôle et à quel point je ne contrôle rien. Combien, quand tout m’a échappé, que je me suis senti coincé, les facettes de ma personnalité que je préfère garder cachées ont momentanément été dévoilées.

Les petites contrariétés du quotidien où nos personnalités se dévoilent sont tout à fait insignifiantes au regard de l’immense souffrance que de nombreuses personnes de par le monde doivent parfois endurer. Certains souffrent atrocement chaque jour de leur vie, maladies, deuil, désespoir…Mais ce n’est pas de cela que je parle. Les moments difficiles que j’évoque ne sont que le petit fossé des choses cassées et des objets perdus, des nids de poule de la morosité et des interruptions de bien être.

Et pourtant, c’est là, dans mes jours ordinaires, dans ces moments de colère et d’irritation dérisoires, que le Sauveur daigne me rencontrer.

Ces moments sont des occasions d’être édifié et sanctifié Derrière nos réactions excessives et nos contrariétés, se cachent des peurs réelles. La perte des clés révèle mon anxiété à ne pas réussir à faire ce qui est attendu de moi Ce comportement trahit la peur de l’échec, ma crainte de ne pas être à la hauteur.

Quand je passe une bonne journée, qu’il fait beau et que tout se déroules comme il faut, je peux avoir l’air d’une personne très bien Mais les petits incidents et les imprévus révèlent qui je suis vraiment, mes failles apparaissent et je me rends compte combien j’ai besoin de la grâce

C’est le premier point que je veux faire ressortir ; les personnes très bien n’ont pas besoin de Jésus Il est venu pour ceux qui sont perdus et brisés Il vient à nos côtés pour nous retrouver et nous restaurer

La repentance

Le deuxième point que je souhaitais aborder ce matin est celui de la repentance En repensant à l’état dans lequel je me suis trouvé pendant quinze minutes, aux paroles, aux pensées que j’ai eu juste parce que je ne trouvais plus mes clés me pousse à réfléchir à ce que Dieu souhaite me montrer quand cela se produit.

Cs Lewis disait que les gens ne sont tout bonnement pas sérieux lorsqu’ils demandent de la patience nécessaire pour supporter une famine ou une persécution éventuelle, si en attendant ils se plaignent du temps qu’il fait.

Qu’il est dur de mettre en pratique la demande de Paul aux Philippiens ( 2-14) de faire tout sans se plaindre et sans discuter, à haute voix ou dans son cœur.

D’être contents en toutes circonstances.

Nous sommes obligés d’avouer que nous avons beaucoup de mal à suivre cette préconisation de l’apôtre et qu’à cause de cela, nous avons à mettre en place dans nos vies un processus de repentance. Non pas pour l’ensemble de notre œuvre, pour le péché de notre ancienne nature, pour notre nature pécheresse comme lors de notre conversion, mais plutôt pour tous ces petits moments journaliers, où notre vie, nos paroles nos pensées ont raté la cible de la volonté de Dieu.

La foi et la repentance sont semblables aux mouvements d’inspiration et d’expiration de nos poumons, ce sont les rythmes constants et quotidiens de la vie chrétienne.

Dans ces moments qui révèlent combien je suis vulnérable, je dois prendre l’habitude d’admettre qui je suis vraiment et non pas essayer de me justifier ou minimiser mon péché Et je dois, dans ces moments de fragilité, prendre une autre habitude, celle de laisser Dieu m’aimer, d’avoir à nouveau confiance en sa miséricorde et de recevoir encore des paroles de pardon et d’absolution.

J’ai un copain qui raconte que quand il était enfant, il répondait chaque année à l’appel à la conversion et à la consécration au Christ lors des dernières réunions des camps d’été, puis en tant qu’étudiant, il faisait ça deux fois par ans, puis tous les trimestres au GBU Arrivé à l’âge de quarante ans, cela arrivait quatre fois par jour.

Proportionnellement aux nombres de nos péchés, la repentance survient rarement dans des conditions dramatiques C’est le tempo régulier de la vie en Christ et donc d’une journée en Christ.

C’était mon deuxième point.

La repentance

La troisième idée que je voulais partager avec vous est en relation avec les deux premières, celle selon laquelle le quotidien de Jésus est consacrée à ceux qui sont malades et pécheurs et celle qui affirme que la repentance est une respiration, la troisième pensée concerne L’Église, la famille, la communauté.

Il me semble important de se repentir ensemble.

Je ne prône pas là d’interminables ou innombrables réunions de mea culpa et de flagellations collectives pour tout ce qu’on fait tous les ancêtres de cette églises depuis plus de 150 ans. Ce n’est pas là mon propos.

Mais je pense cependant, que la Bible nous demande, tout comme nous pouvons le faire de façon individuelle, de réfléchir et d’être sensibilisé à notre façon de nous repentir ensemble.

Je pense que dans les processus de croissance d’une Église, il y a l’apprentissage du langage de la confession et de la repentance ensemble.

Si nous nous réunissons pour le culte, ce n’est pas parce que nous sommes des gens très biens mais avant tout parce que nous sommes des personnes nouvelles, lavées, pardonnées par la grâce, en dépit de qui nous sommes. Réalisez-vous que chaque dimanche, nous nous souvenons que dans la vie chrétienne, l’échec est la norme. Quand nous nous retrouvons pour le culte, nous savons que nous sommes tous, sans exception, des personnes indignes et que livrés à nous même, nous ne mériterions que la condamnation de Dieu.

Mais nous ne sommes pas livrés à nous même. Ce ne sont pas nos réussites et nos échecs dans la vie chrétienne qui définissent qui nous sommes ou déterminent notre valeur aux yeux de Dieu et de son peuple. Ce ne sont pas nos réussites et nos échecs dans la vie chrétienne qui définissent qui nous sommes ou déterminent notre valeur aux yeux de Dieu et de son peuple.

Au contraire, nous sommes définis par la vie de Christ et son œuvre en notre faveur.

Qu’avons-nous à faire ? Quel est donc ce langage de la repentance ? Je pense que nous devons prendre le temps, dans nos cultes de venir dans une posture que notre quotidien nous a amène à adopter le reste de la semaine, celle d’un peuple brisé et sans ressources qui obtient une grande miséricorde Nous devons nous agenouillez ensemble, admettre nos faiblesses, confesser nos manquements et nous repentir ensemble.

Nous entendrons alors ces paroles merveilleuses « que le Dieu toute puissant vous fasse miséricorde, il vous pardonne vos péchés par Jésus Christ, qu’il vous affermisse en tout bien et par la puissance de du Saint Esprit qu’il vous garde pour la vie éternelle. »

Que cela fait du bien d’entendre ces paroles. J’ai besoin de les entendre. J’ai besoin qu’on me dise que je suis aimé, pardonné, d’une voix qui soit plus forte et plus tangible que toutes ces voix, intérieures ou non, qui me disent que ce n’est pas vrai.

Entendre ensemble ces paroles, nous rappellent que nous ne sommes pas seuls à devoir affronter des pathologies, des obsessions, des peurs et des péchés, même les plus insignifiants et les plus secrets.

Nous sommes une Église, une communauté, une famille. Nous ne sommes pas simplement des individus en proie à nos propres faiblesses. Nous avons désespérément besoin les uns des autres si nous voulons rechercher Christ et marcher dans la repentance Notre salut est entré dans une dimension collective. Nous sommes sauvés en tant que corps de Christ, en tant Qu’Église, épouse du Christ.

Cela me rappelle que même si mon péché est plus grand que je ne veux bien l’admettre, je suis toujours le bienvenue dans L’Église, je suis toujours aimé et appelé à faire partie de cette communauté.

Il peut arriver que des pensées négatives et accusatrices me murmurent que l’amour de Dieu est froid et distant, qu’il ne peut rien pour moi dans ma situation ; que je dois faire mes preuves aux yeux de Dieu et des autres, que Dieu est en train de perdre patience à mon sujet et qu’il ne tardera pas à me laisser tomber tellement mon cas est désespéré.

Ces pensées ont une telle force que j’ai besoin d’entendre une voix humaine me dire et me répéter, toutes les semaines que ce ne sont que des mensonges J’ai besoin que quelqu’un qui me connaît, me dise que la grâce me suffit, que Jésus est aussi mort à la croix pour moi, même si je suis en train de confesser à voix basse que j’ai tout raté cette semaine.

Oui il est possible de confesser ses péchés à voix basse, voire sans dire un mot mais notre pardon doit nous être rappelé à voix haute par quelqu’un qui se tient debout et le martèle avec force pour que tout le monde l’entende.

J’en arrive à la fin de ces quelques partages.

Vous avez peut-être pensé à des choses qui vous sont arrivées un jour, que vous pourriez remplacer par cette analogie de la perte de vos clés.

Cela m’est arrivé récemment, sans que je m’y attende, sans que je m’y sois préparé, sans que je puisse y faire face, sans que je puisse arrêter avent que le mal soit fait, tout autant ancien dans la foi que je sois, avec mon expérience, mon passé, ma relation avec Dieu, ma lecture de la bible, ma fréquentation au culte et à de nombreuses réunions Cela s’est passé dans mon club de volley avec sport et foi. J’ai été colérique plus que de normal et méchant avec un de mes coéquipier, devant tous les autres joueurs et les responsables qui n’en revenaient pas.

J’ai perdu les clés ce jour là.

Mais Dieu est venu me trouver Comment arriver à dormir cette nuit-là Comment imaginer continuer à jouer avec ces amis avec une telle honte et culpabilité Des voix qui me disaient que ce n’était pas grave s’affrontaient avec celles qui me disaient de tout abandonner.

Dieu était là, il m’a fait me lever de mon lit en pleine nuit, prendre mon téléphone et envoyer un messages, le premier à la personne que j’avais agressé, puis à mes entraîneurs et enfin aux autres membres de l’équipe pour leur demander pardon et j’ai réussi à me coucher.

Vous ne pouvez pas imaginer les messages d’amour et d’affection que j’ai reçu Celui du joueur contre qui j’avais été en colère, était long, plein de bonté, plein de reconnaissance, plein de pardon et surtout plein d’espérance, la possibilité d’une relation forte et fraternelle Celui de mon coach était identique, me rappelant combien j’étais important pour l’équipe, combien il avait besoin de moi et combien il m’aimait Les sportifs disent rarement qu’ils s’aiment. L’équipe composée en majorité de chrétiens de plusieurs églises a été extraordinaire et m’a montré combien nos liens nous permettaient de surmonter ces moments

J’en pleurais, de joie et de reconnaissance.

J’ai expérimenté cette belle expression de vivre avec des liens qui libèrent.

Essayons de chercher Dieu dans les failles de nos journées Invitons le dans la réalité de nos vulnérabilités, reconnaissons notre péché et entendons le nous dire combien il nous aime, nous accepte et nous bénit.

Quand des gens très bien disent à Jésus qu’ils sont offensés de le voir en compagnie de pêcheurs Jésus compare Dieu à une femme ayant perdu quelque chose. Dans son amour passionné pour nous, Dieu nous cherche comme nous pouvons chercher quelques fois nos clés mais avec tellement plus de ferveur pour le retrouver et le restaurer.

4Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur; je le répète, réjouissez-vous. 5Que votre douceur soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. 6Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. 7Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ.

Amen.