Entre innocence et culpabilité (Genèse 20.1-18)

Bonjour, je m’appelle Ebed-Melek. Mon nom signifie serviteur du roi. Pendant de longues années, j’ai servi le roi Abimelec, roi de Guérar. Aujourd’hui, je suis au service d’un homme de Dieu appelé Abraham. Je vais vous raconter mon histoire et comment ma vie a basculé du jour au lendemain.

À l’époque, j’étais le serviteur le plus proche du roi Abimelec. À vrai dire, je n’étais pas uniquement son serviteur, j’étais aussi son confident. Le roi me disait tout et il m’introduisait dans tous les lieux où il se rendait. Il se permettait de me dire tout ce qu’il pensait, il me faisait part de tous ses questionnements. Il n’avait aucune crainte que cela ne s’ébruite, tout simplement parce que je suis incapable de parler. En effet, je ne peux pas parler, car je suis un chameau, le chameau du roi.

Avant de vous raconter mon histoire, laissez-moi vous donner quelques informations sur nous, les chameaux.

Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, nous sommes capables de comprendre votre langage humain. Il suffit de passer quelques mois parmi vous et nous apprenons votre vocabulaire. À l’inverse, la plupart des humains ont du mal à nous comprendre. En plus d’être capables de vous écouter, nous sommes aussi capables de ressentir ce que vous ressentez, que ce soit de la joie, de la peur, de l’inquiétude ou de la tristesse. Vous aurez beau le cacher, nous les chameaux, nous savons faire la part des choses. Les chameaux connaissent bien leur maître, et ils connaissent aussi leur créateur. Lorsqu’il se manifeste, nous pouvons le percevoir. Normalement, les humains aussi peuvent voir et entendre Dieu d’une certaine façon, mais en général, ils n’y font pas vraiment attention. Maintenant que vous en savez un peu plus sur nous, voici mon histoire.

Tout a commencé le jour où des étrangers sont venus séjourner chez nous, à Guérar. Le chef de toute cette tribu se faisait appeler Abraham. Il était âgé et il était accompagné d’une très jolie femme, elle n’avait plus toute sa jeunesse, mais son charme ne passait pas inaperçu. Elle se présentait comme la sœur du vieil homme. J’ai tout de suite remarqué que ces gens-là n’étaient pas nets. Cet homme, Abraham, nous cachait quelque chose. Ce genre de combine, je le repère de loin. Mon intuition s’est confirmée lorsque j’ai surpris ses chameaux parler entre eux. Ils n’arrêtaient pas de répéter : « ça va recommencer, ça va recommencer ». En plus, ils avaient un accent, mais je ne saurais pas dire lequel. Lorsque je les croisais dans la rue, ils me regardaient l’air de dire : toi, tu ne sais pas ce qui t’attend. Mais qu’est-ce qui allait recommencer ? Ces gens-là allaient-ils nous capturer ? Nous faire du mal ? Manifestement, Abraham et sa sœur ont déjà vécu une situation similaire, mais où ? Quand ?

Je ne pouvais pas rester sans réponse, j’ai donc mené une enquête. J’ai réuni tous les chameaux du palais royal, je leur ai expliqué la situation, en leur demandant de bien observer ces étrangers et de faire attention à chaque détail. Voici ce que j’ai pu découvrir :

  • Les chameaux d’Abraham ont bien un accent, ils viennent d’Égypte. Ce qui est étrange, c’est que cet homme n’a pas du tout l’air d’un Égyptien.
  • Ces chameaux ont une démarche particulière, effectivement, nous avons découvert qu’ils n’ont pas été dressés par de simples habitants, ils ont été dressés dans la cour du Pharaon.
  • Abraham a donc acquis des chameaux qui appartenaient au Pharaon.
  • Comment a-t-il pu obtenir autant de biens de la part de l’homme le plus puissant d’Égypte ? Les a-t-il attaqués ? Les a-t-il volés ?

Plus j’y pense, moins cet homme m’inspire confiance. Il m’a tout l’air d’un bandit, d’un fugitif. Effectivement, pourquoi n’est-il pas auprès de sa famille ? Il a dû commettre des actes répréhensibles et on l’aurait chassé de son peuple. Ces chameaux du pharaon sont devenus la propriété d’Abraham, c’est certainement cela qui risque de recommencer ! Je risque de me faire enlever, moi et mes collègues ! Découvrant cette manigance, j’ai tenté d’avertir le roi par tous les moyens, mais il n’a rien remarqué, il n’a rien compris, il était trop aveuglé par cette femme, Sara. Il ne parlait que d’elle. Très vite, il la fit venir dans son palais pour l’épouser. Peut-être était-ce le plan d’Abraham, que sa sœur s’introduise dans le palais pour nous espionner ?

Ce jour-là, alors que la nuit tombait et que mon maître était dans sa chambre avec sa nouvelle femme, j’ai soudainement été réveillé et j’ai senti comme un vent et une chaleur qui descendait du ciel jusque dans la chambre du roi. Cette présence divine est restée quelques minutes, puis elle s’est dissipée. Que s’est-il passé là-haut, à l’étage ? Les autres animaux qui étaient avec moi dans l’étable furent aussi réveillés par cette sensation étrange. Nous nous demandions tous ce qui était arrivé au roi, mais nous ne pouvions rien savoir avant le lever du jour. Ce soir-là, nous avions tous eu du mal à nous rendormir.

Le lendemain matin, le roi Abimelek était troublé, embarrassé et en colère. Dieu lui était apparu dans un rêve en lui annonçant qu’il allait mourir à cause de la femme qu’il avait enlevée, car c’est la femme d’Abraham. Cette annonce m’a déconcerté. Mon maître a agi en toute innocence ! Comment Dieu peut-il  menacer de punir le roi alors qu’il n’était au courant de rien ! Heureusement, ce que j’ai appris par la suite m’a rassuré.

Dieu lui est apparu non pas pour le punir, mais pour l’avertir et lui éviter d’avoir des relations conjugales avec une femme mariée à un autre homme. Abimelec pourra donc sortir indemne de cette histoire, si du moins, il rend la femme à son mari, ce qu’il fera de suite m’a-t-il dit. Il y a quand même une chose que je ne comprends pas dans cette histoire : pourquoi Dieu ne punit pas ce vieil homme qui nous a menti et qui a failli causer la perte de mon maître ? Qu’est-ce que cet homme a de si spécial aux yeux de Dieu ? Après tout, tout est de sa faute, il aurait pu dire toute la vérité au lieu de la dissimuler, c’est lui le vrai coupable, et non pas mon maître.

Arrivé chez Abraham, mon maître était furieux, il a demandé des explications : «Qu’est-ce que tu nous as fait? Quel péché ai-je commis contre toi pour que tu fasses venir sur moi et sur mon royaume un si grand péché? Tu as commis envers moi des actes qui ne doivent pas se commettre. Quelle intention avais-tu pour agir ainsi ? »

Abraham s’est alors expliqué : il pensait qu’il n’y avait aucune crainte de Dieu dans notre région et il avait peur qu’on le tue pour prendre sa femme. Il nous a aussi expliqué qu’il ne nous avait pas vraiment menti, puisque sa femme est aussi sa demi-sœur. Mais il demandait à sa femme de se présenter uniquement comme sa sœur, par crainte d’être tué dans les villes où il passait.

Elle était effectivement très belle, mais mon maître n’aurait jamais tué Abraham pour avoir sa femme. Quelle idée de penser qu’il n’y a aucune crainte de Dieu en dehors de sa tribu ? Et comment cet homme peut-il se prétendre serviteur de Dieu ? Ne devrait-il pas avoir confiance plutôt que d’inventer des subterfuges pour se protéger ? Abraham n’est peut-être pas un bandit, mais il ne m’inspire pas plus confiance.

Du coup, tout commence à s’éclairer, Abraham aurait fait la même chose en Égypte. Dieu a dû demander au Pharaon de lui rendre sa femme. Le pharaon aurait ensuite donné des animaux à Abraham pour le dédommager. Le temps que cette idée traverse mon esprit, mon maître me prit pour m’amener auprès d’Abraham. C’est ainsi que j’ai changé de propriétaire et que je suis devenu le chameau d’Abraham. Abimelek a voulu prouver son innocence en offrant des biens et des animaux au vieil homme, j’en faisait partie… C’est à ce moment-là que ma vie a changé, mais rassurez-vous, aujourd’hui, je ne peux pas dire que je suis malheureux, au contraire. J’ai beaucoup appris aux côté de mon nouveau maître.

Avant, je me demandais pourquoi Dieu laissait un menteur impuni, comme Abraham. J’ai maintenant compris que le but de Dieu n’était pas de punir les humains, mais de les rapprocher de lui. Il ne laisse pas le péché impuni pour autant, car il est juste. Mais il est patient et sa justice interviendra en son temps. Je dois dire qu’au début, Abraham ne m’inspirait pas confiance, mais quand je l’ai vu prier pour mon ancien maître, il est remonté dans mon estime. En fin de compte, Abraham est un bon maître qui progresse dans sa foi jour après jour, car Dieu a eu la patience de lui apprendre ce qu’est la confiance. Manifestement, Dieu a un plan spécial pour lui : sa femme est enceinte, l’enfant qu’elle porte est appelé « l’enfant de la promesse ». J’ignore si j’assisterai à la réalisation de cette promesse, mais j’envie ceux qui verront le plan de Dieu se réaliser.

De mon côté, ma nouvelle vie mon convient très bien. Évidemment, ce n’est pas tous les jours facile, car dans mon travail, je dois souvent côtoyer d’autres chameaux, je dois faire des efforts pour bien m’entendre avec ces chameaux égyptiens. La vie en communauté est parfois difficile, on repère assez vite les défauts des autres. Les chameaux égyptiens sont têtus et orgueilleux, ils pensent avoir toujours raison, ils ont le don de m’agacer. Mais Dieu a exercé sa patience et sa bonté envers Abraham, ne devrais-je pas faire de même avec mes semblables ?

Christian Huy




Le jugement divin : réalité ou plaisanterie ? (Genèse 19.1-29)

Dans cette prédication, nous allons parler d’un sujet pas très agréable à aborder. Il s’agit du jugement de Dieu. Dans le passage que nous proposons de lire, Dieu détruit des villes avec leurs habitants à cause de leur méchanceté. Peut-être que vous êtes comme moi, vous n’êtes pas très à l’aise quand le thème du jugement est évoqué. Vous allez me dire : mais si tu n’es pas à l’aise avec ce sujet, pourquoi tu en parles ?

D’une part, j’en parle parce que nous suivons l’histoire d’Abraham dans cette série de prédications, et ce récit fait partie de son histoire. Nous arrivons au chapitre 19 de la Genèse, il s’agit de la destruction de Sodome, la ville où habite le neveu d’Abraham qui s’appelle Lot.

D’autre part, j’en parle surtout parce que les prédications ne sont pas pour moi l’occasion de présenter ma vision du monde. Ce n’est pas pour flatter l’auditoire ou le lecteur. Mais c’est pour exposer la Parole de Dieu, et Dieu parle de son jugement dans les Écritures.

On ne peut pas se permettre de lire uniquement nos passages préférés. Dieu a révélé toute la Bible, même les passages les moins agréables à lire. Je dirais même que les passages qui nous mettent mal à l’aise sont peut-être ceux qui ont le plus à nous apprendre. Si la Bible enseigne ce que nous pensons déjà, pourquoi Dieu nous a-t-il donné cette révélation ? Et pourquoi la lire ? S’il nous l’a donnée, c’est justement pour nous apprendre ce que nous ne pouvions pas découvrir tout seul et pour corriger les fausses idées que nous nous faisons sur Dieu, sur la spiritualité et sur la religion.

Nous pouvons avoir deux attitudes face à la Bible :

Soit nous la voyons simplement comme un ouvrage spirituel avec des choses intéressantes. Dans ce cas, on peut se permettre de juger ce qui est bon à prendre ou pas. Soit nous reconnaissons que c’est véritablement la Parole de Dieu. Dans ce cas, nous devrions nous remettre en question quand elle nous interpelle et même quand elle nous dérange… Comment savoir si la Bible est réellement la Parole de Dieu ? Chacun est invité à la lire et à discerner cette Parole avec l’aide de Dieu.

Je vous invite donc maintenant à lire notre récit : Genèse, chapitre 19, versets 1 à 29.

(Dans le contexte, des anges ont rendu visite à Abraham pour lui annoncer des bénédictions à venir. Et quand ces anges ont quitté Abraham, ils se sont dirigés vers Sodome et Gomorrhe.)

1 Les deux anges arrivèrent à Sodome vers le soir. Lot était assis à la porte de la ville. Quand Lot les vit, il se leva pour aller à leur rencontre et se prosterna le visage contre terre. 2 Puis il dit: «Mes seigneurs, entrez donc chez votre serviteur pour y passer la nuit. Vous vous laverez les pieds, vous vous lèverez de bon matin puis vous poursuivrez votre route.» «Non, répondirent-ils, nous passerons la nuit sur la place.» 3 Mais Lot insista tellement auprès d’eux qu’ils le suivirent et vinrent chez lui. Il leur prépara un festin, fit cuire des pains sans levain, et ils mangèrent.

4 Ils n’étaient pas encore couchés que les habitants de la ville, les habitants de Sodome, entourèrent la maison, depuis les enfants jusqu’aux plus âgés. Toute la population était accourue. 5 Ils appelèrent Lot et lui dirent: «Où sont les hommes qui sont entrés chez toi cette nuit? Fais-les sortir vers nous pour que nous couchions avec eux.» 6 Lot sortit vers eux à l’entrée de la maison et ferma la porte derrière lui. 7 Il dit: «Mes frères, je vous en prie, ne faites pas le mal! 8 J’ai ici deux filles qui sont vierges. Je vous les amènerai dehors et vous leur ferez ce qu’il vous plaira. Seulement, ne faites rien à ces hommes puisqu’ils sont venus s’abriter sous mon toit.» 9 Ils dirent: «Pousse-toi!» Ils ajoutèrent: «Celui-ci est venu séjourner chez nous en étranger et il veut faire le juge! Eh bien, nous te ferons pire qu’à eux.» Ils poussèrent violemment Lot et s’avancèrent pour briser la porte.

10 Cependant, les hommes tendirent la main, firent rentrer Lot vers eux dans la maison et fermèrent la porte. 11 Puis ils frappèrent d’aveuglement ceux qui étaient à l’entrée de la maison, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, de sorte qu’ils se fatiguèrent de chercher la porte. 12 Les hommes dirent à Lot: «Qui as-tu encore ici? Gendres, fils, filles et tout ce qui t’appartient dans la ville, fais-les sortir de là. 13 Nous allons détruire cet endroit parce que le cri contre ses habitants est grand devant l’Eternel. L’Eternel nous a envoyés pour le détruire.» 14 Lot sortit et parla à ses gendres, ceux qui avaient épousé ses filles: «Levez-vous, dit-il, sortez de là, car l’Eternel va détruire la ville.» Mais ses gendres crurent qu’il plaisantait.

15 Dès l’aube, les anges insistèrent auprès de Lot en disant: «Lève-toi, prends ta femme et tes deux filles qui se trouvent ici, sinon tu disparaîtras dans la punition qui s’abattra sur la ville.» 16 Comme il s’attardait, les hommes les prirent par la main, lui, sa femme et ses deux filles, car l’Eternel voulait l’épargner. Ils le firent sortir et le conduisirent à l’extérieur de la ville. 17 Après les avoir fait sortir, l’un d’eux dit: «Echappe-toi pour sauver ta vie. Ne regarde pas derrière toi et ne t’arrête nulle part dans la plaine. Réfugie-toi dans la montagne, sinon tu disparaîtras.» 18 Lot leur dit: «Oh, non, Seigneur! 19 Moi, ton serviteur, j’ai trouvé grâce à tes yeux et tu as montré la grandeur de ta bonté envers moi en me laissant la vie sauve. Cependant, je ne peux pas me réfugier sur la montagne avant que le désastre m’atteigne, si bien que je mourrai. 20 Regarde cette ville: elle est assez proche pour que je m’y réfugie et elle est petite. Si seulement je pouvais m’y sauver! N’est-elle pas petite? Ainsi je resterai en vie!» 21 Il lui dit: « Je t’accorde encore cette faveur et je ne détruirai pas la ville dont tu parles. 22 Dépêche-toi de t’y réfugier, car je ne peux rien faire jusqu’à ce que tu y sois arrivé.» C’est pour cela que l’on a donné à cette ville le nom de Tsoar.

23 Le soleil se levait sur la terre lorsque Lot entra dans Tsoar. 24 Alors l’Eternel fit pleuvoir du soufre et du feu sur Sodome et sur Gomorrhe. Cela venait du ciel, de la part de l’Eternel.
25 Il détruisit ces villes, toute la plaine, tous les habitants des villes et les plantes du sol. 26 La femme de Lot regarda en arrière et se transforma en statue de sel. 27 Abraham se leva de bon matin pour aller à l’endroit où il s’était tenu devant l’Eternel. 28 Il porta ses regards du côté de Sodome et de Gomorrhe et sur tout le territoire de la plaine, et il vit monter de la terre une fumée pareille à celle d’un fourneau. 29 Lorsque Dieu détruisit les villes de la plaine, il se souvint d’Abraham, c’est pourquoi il fit échapper Lot au désastre par lequel il bouleversa les villes où celui-ci s’était installé.

Ce récit est choquant parce que tout semble démesuré. Commençons par nous intéresser à l’attitude des habitants de Sodome et celle de Lot. Quand les Sodomites apprennent qu’il y a des visiteurs chez Lot, ils veulent à tout prix coucher avec eux. Autrement dit, ils veulent les violer. Tous les habitants de la ville accouraient pour y participer, des enfants jusqu’aux plus âgés. Cette scène paraît déjà surréaliste, mais la suite l’est encore plus.

Lot refuse de livrer ses invités, alors, à la place, il propose de leur donner ses deux jeunes filles. Et il leur dit : « vous en ferez ce qu’il vous plaira». Comment toute une ville peut-elle agir ainsi ? Et comment un père peut-il proposer de livrer ses deux filles à une bande d’agresseurs extrêmement violents ? On peut se demander si cette histoire est réelle, tout paraît démesuré et incroyable.

Mais malheureusement, l’être humain est bien capable d’une telle cruauté. Il suffit de s’intéresser à l’Histoire pour voir que pendant les guerres, des êtres humains ont traité d’autres êtres humains comme des déchets. (C’est toujours le cas dans certaines régions du monde.) Pendant la traite des Noirs, on traitait mieux les animaux que les esclaves.

La Bible met parfois en avant de belles choses concernant les hommes, mais elle nous montre aussi jusqu’où ils peuvent s’engouffrer dans le péché. Elle expose la vérité sur l’état du cœur humain. Ce n’est pas pour rien que Dieu a voulu détruire Sodome et Gomorrhe. La méchanceté des habitants était vraiment devenue trop grande. Après avoir patienté un temps pour leur donner une chance de changer, il a décidé de mettre les méchants hors d’état de nuire. Comment des hommes et des femmes peuvent devenir si méchants ?

Il paraît que si on plonge une grenouille dans de l’eau bouillante, elle s’échapperait immédiatement de là par instinct de survie. Mais si on met cette même grenouille dans de l’eau froide, et qu’on fait bouillir l’eau très lentement, elle ne se rendrait compte de rien. Elle y resterait et finirait par mourir. Cette image illustre ce qui se passe sur terre depuis des millénaires. On commence par exagérer et ensuite on se met à mentir sans se rendre compte que l’on fait quelque chose de mal. On commence par avoir des pensées impures, et ensuite on passe à l’acte sans se rendre compte de la gravité. On commence par s’éloigner un peu de Dieu et on finit par ne plus connaître la limite entre le bien et le mal. C’est comme cela que ça arrive. Quand on écarte Dieu de notre vie, quelles sont alors nos références pour savoir ce qui est bien ou mal ? C’est nous-mêmes.

Regardez ce que dit Lot aux Sodomites au verset 7 : « Mes frères, je vous en prie, ne faites pas le mal ! » Il qualifie de « mal » ce que les Sodomites essaient de faire. Et regardez ce que les Sodomites répondent au verset 9 : « Celui-ci est venu séjourner chez nous en étranger et il veut faire le juge ! » Autrement dit : pour qui tu te prends ? Est-ce que c’est toi notre juge ? Est-ce que c’est toi qui vas nous dire ce qui est bien ou mal ? Les Sodomites refusent d’entendre que ce qu’ils font est mal. Ils veulent être leurs propres juges. Et nous, voulons-nous être nos propres juges ou cherchons-nous à savoir auprès de Dieu ce qui est bien ou mal ?

Acceptons-nous de nous remettre en question devant la Parole de Dieu ?
Ou remettons-nous en question la Parole de Dieu selon nos propres idées ?

Heureusement, les invités de Lot sont des anges. Ils récupèrent Lot pour lui éviter d’être tabassé et ils frappent d’aveuglement les Sodomites. Ils avertissent aussi Lot de ce qui va arriver. S’ils veulent être sauvés, ils doivent quitter la ville, Lot, sa femme, ses filles et ses gendres. En fait, tous ceux qui quittent la ville seront épargnés. Comment réagissent les gendres de Lot ? C’est une blague. Pour eux, c’est une plaisanterie.

Et si les anges avaient donné le même avertissement aux habitants, ils auraient réagi pareil : c’est une plaisanterie. Tout comme les habitants de la terre à l’époque de Noé quand ils ont été avertis du déluge : c’est une plaisanterie. Et nous, que pensons-nous de l’existence de Dieu, de Jésus, de sa mort à notre place sur la croix, de sa résurrection et de son jugement ? Est-ce une plaisanterie ?

Mais où est l’amour de Dieu dans tout ça ?

L’amour de Dieu, il est auprès des victimes des Sodomites. Si Dieu juge la ville, au verset 13, c’est pour répondre aux cris des victimes de ces habitants. Pour mettre les méchants hors d’état de nuire.

L’amour de Dieu, il est dans sa patience. Il a laissé du temps pour que ces habitants puissent changer, mais au lieu de changer, ils sont devenus pires.

L’amour de Dieu, il est dans la main tendue des anges au verset 16 qui ont pris la famille de Lot par la main parce qu’ils étaient toujours dans la maison quand il fallait partir. Manifestement, ils n’avaient pas pris au sérieux la gravité de la situation.

L’amour de Dieu, il s’est manifesté en Jésus-Christ sur la croix. Il a accepté de nous représenter devant Dieu, il a subi le jugement et la punition à notre place. Maintenant, nous sommes sous la grâce. Nous n’avons pas à craindre le jugement, car la peine a déjà été subie.

Et pour terminer, l’amour de Dieu se manifeste par l’action du Saint-Esprit. Tout comme les anges ont pris Lot par la main pour le sortir de la ville, le Saint-Esprit nous saisit pour que nous placions notre confiance en Jésus. Ne résistons pas à cet appel, laissons-nous guider par lui.

Christian Huy




Dieu se tient là, comment l’accueillir ?( Genèse 18.1-15)

Dans la Bible, lorsque Dieu veut parler à quelqu’un, il envoie parfois un messager, d’autres fois il apparaît directement. Mais il arrive aussi que Dieu se tienne là, juste devant notre porte, et il attend qu’on le remarque et qu’on prenne le temps de l’accueillir.

Cela a été le cas pour Abraham, l’ancêtre du peuple juif. À 75 ans, Dieu lui a promis une descendance, il lui a même promis que cette descendance sera une bénédiction pour toutes les nations de la terre. (Manifestement, à cette période de l’histoire, on pouvait encore avoir des enfants à 75 ans.) Le problème c’est que sa femme Sara était stérile. Alors au bout d’un certain nombre d’années, Sara a dit à Abraham : « prends ma servante pour faire un enfant avec elle ». C’était une pratique tolérée à l’époque par la culture, un peu comme les mères porteuses de nos jours.

Cette union a donné naissance à Ismaël. Mais Dieu est apparu à Abraham et lui a annoncé qu’il n’est pas l’enfant de la promesse. L’enfant promis sera issu de sa femme Sara, et son nom sera Isaac. Abraham n’a pas cru tout de suite car il était très âgé : il avait 99 ans et sa femme 89 ans. Mais Dieu lui a affirmé avec certitude que cela arrivera, alors il a cru.

Si vous avez un peu suivi la série de prédications sur Abraham, vous avez déjà connaissance de ce que je viens de résumer. Dans le livre de la Genèse, Dieu n’arrête pas de rappeler qu’il tient ses promesses. C’est encore le cas ici !

En lisant le texte, je me suis dit : qu’est-ce que je vais bien pouvoir en dire ? La promesse de Dieu a déjà été répétée plusieurs fois. Qu’y a-t-il de nouveau dans ce texte ? Et en regardant le récit de plus près, même si Dieu redit la même promesse, il se passe beaucoup de choses intéressantes.

Par exemple, au lieu d’apparaître devant Abraham pour lui parler, Dieu va se tenir debout devant lui et il va attendre qu’Abraham l’accueille autour d’un repas. Et c’est seulement à table que Dieu va parler.

Il y a aussi beaucoup de choses étranges. Par exemple, on nous dit que Dieu apparaît à Abraham, et puis Abraham lève les yeux et il voit trois hommes. C’est un peu mystérieux.

Je vous invite à lire ce texte dans le livre de la Genèse au chapitre 18, les versets 1 à 15.

1 L’Éternel apparut à Abraham parmi les chênes de Mamré, alors qu’il était assis à l’entrée de sa tente pendant la chaleur du jour.
2 Il leva les yeux et vit trois hommes debout non loin de lui. Quand il les vit, il courut depuis l’entrée de sa tente à leur rencontre et se prosterna jusqu’à terre. 3 Il dit: «Seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas loin de ton serviteur.
4 Permettez qu’on apporte un peu d’eau pour vous laver les pieds et reposez-vous sous cet arbre. 5 J’irai prendre un morceau de pain pour vous restaurer, puis vous continuerez votre route, car c’est pour cela que vous passez près de votre serviteur.» Ils répondirent: «Fais comme tu l’as dit.»
6 Abraham s’empressa d’aller trouver Sara dans la tente et dit: «Prends vite 22 litres de fleur de farine! Pétris-la et fais des gâteaux.»
7 Abraham courut à son troupeau, prit un veau tendre et bon et le donna à un serviteur qui se dépêcha de le préparer. 8 Il prit encore du lait caillé et du lait, avec le veau qu’on avait préparé, et il les mit devant eux. Il se tint lui-même à leurs côtés, sous l’arbre, et ils mangèrent.
9 Puis ils lui dirent: «Où est ta femme Sara?» Il répondit: «Elle est là, dans la tente.» 10 L’un d’eux dit: «Je reviendrai vers toi à la même époque, et ta femme Sara aura un fils.» Sara écoutait à l’entrée de la tente, derrière lui.
11 Abraham et Sara étaient vieux, d’un âge avancé, et Sara ne pouvait plus espérer avoir des enfants.
12 Elle rit en elle-même en se disant: «Maintenant que je suis usée, aurai-je encore des désirs? Mon seigneur aussi est vieux.»
13 L’Éternel dit à Abraham: «Pourquoi donc Sara a-t-elle ri en se disant: ‘Est-ce que vraiment j’aurai un enfant, moi qui suis vieille?’ 14 Y a-t-il quoi que ce soit d’étonnant de la part de l’Éternel? Au moment fixé *je reviendrai vers toi, à la même époque, et Sara aura un fils.»
15 Sara mentit en disant: «Je n’ai pas ri», car elle eut peur, mais il dit: «Au contraire, tu as ri.»

Ce récit contient deux scènes. Abraham commence par accueillir les invités, ensuite il y a la discussion à propos de l’enfant à venir.

Commençons par le début.

[1. Abraham accueille les invités]

Le narrateur nous précise que Dieu apparaît à Abraham, mais on ne sait pas vraiment si Abraham en a conscience. Au début, il est assis à l’entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour. Cette première image me donne l’impression qu’Abraham s’ennuie. Il faut chaud, le soleil brille, il est à l’entrée de sa tente, il ne fait rien, il est juste assis. Et tout à coup, en levant les yeux, il aperçoit trois hommes debout à côté de lui. À partir de ce moment-là, tout s’accélère.

Regardez les verbes utilisés :

Verset 2 : il « court » à leur rencontre. Verset 6 : il « s’empressa » d’aller demander à Sara de cuisiner pour eux. «Prends vite 22 litres de fleur de farine! Pétris-la et fais des gâteaux» lui dit-il.

Verset 7 : « Abraham courut à son troupeau, prit un veau tendre et bon et le donna à un serviteur qui se dépêcha de le préparer ».

Le texte raconte tout de manière très brève, mais il a dû se passer beaucoup de temps entre l’arrivée des invités et le repas.

Il fallait pétrir le pain et cuire les gâteaux, il fallait aller chercher le veau, le tuer, le préparer, le cuisiner et le cuire. À l’époque, il n’y avait pas de cocotte-minute, pas d’électricité ni de gaz. Il fallait s’occuper de tout et ça demandait du temps. C’est seulement à table que la précipitation s’estompe. Abraham se retrouve de nouveau devant sa tente. Les invités mangent enfin. L’agitation s’est arrêtée.

Toute cette agitation, c’était pour arriver à ce moment précis où il allait prendre du temps pour être à l’écoute de ses invités. Beaucoup de commentateurs pensent que parmi les trois hommes, l’un d’eux était Dieu et les deux autres étaient des anges. Je trouve cela assez plausible puisque la suite du chapitre et la suite du livre nous donnent des indices dans ce sens. Quoi qu’il en soit, cette première scène où Abraham accueille ses invités peut nous faire réfléchir.

Je pense qu’Abraham a perçu la présence de Dieu parmi ses invités. Au début il n’en était peut-être pas certain à 100%, mais en passant du temps avec eux, ça a dû confirmer son intuition. Par exemple, les trois hommes connaissent le nouveau nom que Dieu a donné à Sara. Elle s’appelait Saraï et elle est devenue Sara. L’un des invités connaît aussi la pensée de Sara, Abraham n’a pas eu l’air très surpris. Ce genre d’indice me fait dire qu’Abraham avait probablement conscience d’accueillir Dieu. Il s’est donné beaucoup de peine pour accueillir ces hommes, pour les écouter. Est-ce que dans notre emploi du temps parfois bien chargé, nous nous donnons autant de peine pour accueillir Dieu ?

Parfois on pense que si Dieu veut nous parler, alors il n’a qu’à nous apparaître dans une vision. Parfois j’entends des gens dire : « moi je croirai en Dieu s’il m’apparaît et si je le vois ». Mais Dieu ne s’impose pas. Il se tient là. Abraham a levé les yeux, il a couru, il a invité et il a accueilli.

Jésus a dit : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui et lui avec moi. » (Ap 3.20)

Dieu ne s’impose pas, mais il se rend présent. À nous de lever les yeux pour le voir, à nous de l’accueillir. Dans notre monde où tout va vite, prenons-nous du temps pour notre relation avec Dieu ?

C’est intéressant parce que dans le récit, les échanges ont lieu autour d’un repas. Dieu est un Dieu relationnel. Il cherche une relation avec nous. Nous sommes dans une société où nous courons souvent après le temps, nous sommes souvent fatigués à la fin d’une journée. Quelle place accordons-nous à la prière et à la Bible, Parole de Dieu ?

Est-ce que l’on considère la Bible comme un café : j’ai besoin d’énergie spirituelle, je vais lire une page et puis c’est bon je continue ma journée.

Personnellement je tombe très souvent dans cet écueil : il faut lire le calendrier biblique alors je le lis. Mais est-ce que j’ai préparé mon cœur à accueillir le verset biblique ? Est-ce que je m’arrête vraiment ou est-ce que je le fais le temps d’une pub à la télé ?

Les calendriers et les guides de lecture sont de bons outils et je vous encourage à les utiliser. Mais Dieu veut surtout une relation avec nous, cela ne passe pas que par la lecture d’une page par jour. Il nous demande de vivre selon son enseignement, il nous demande de communiquer avec lui par la prière.

Revenons à Abraham et à la dernière scène du récit, celle où les trois hommes annoncent la naissance de l’enfant.

[2. Annonce de la naissance de l’enfant]

Maintenant que les invités sont bien installés, ils demandent où est Sara. En fait, la question vise à s’assurer que Sara écoute bien ce qui va être dit. S’ils sont venus rappeler une fois de plus la promesse, c’est surtout pour que Sara puisse entendre elle aussi la promesse. La femme d’Abraham se trouve bien à côté, elle est juste dans la tente. On pense qu’elle ne se montre pas pour une question culturelle. À l’époque, les femmes ne devaient pas se trouver en présence d’un groupe d’hommes. Maintenant que Sara est aussi à l’écoute, ils annoncent la promesse : «Je reviendrai vers toi à la même époque, et ta femme Sara aura un fils.» (v. 10).

Sara n’y croit pas, elle est trop âgée pour avoir des enfants, c’est trop tard, elle rit dans son cœur. Mais l’Éternel pose la question : pourquoi a-t-elle ri ? Sara a beau nier sa réaction par peur que l’on découvre son manque de foi, mais Dieu lui sait tout. Il la reprend en disant : si tu as bien ri. Cette dernière scène nous apprend deux choses importantes.

Tout d’abord, on peut s’attendre à l’impossible avec Dieu. Y a-t-il quoi que ce soit d’étonnant de la part de l’Éternel?

Ensuite, Dieu connaît nos pensées, il sait lorsque nous doutons de lui, il sait ce qui ne va pas, il connaît nos joies, nos tristesses, nos défauts, nos péchés.

Et lorsque c’est nécessaire, il nous reprend, comme l’a fait avec Sara. Et comment est-ce qu’il nous reprend ? En nous disant la vérité. Sara avait bien ri, il lui a juste dit la vérité sur elle-même.

Sommes-nous prêts à accueillir la vérité ? Parfois ce n’est pas évident, parfois la vérité nous dérange. Mais c’est la vérité.

[Conclusion]

Pour conclure, prenons un peu de recul. Il y a plusieurs milliers d’années, Dieu a annoncé la naissance d’un enfant promis à Abraham. Cet enfant annonce la venue d’un autre enfant né miraculeusement. Nous allons bientôt entrer dans le temps de l’Avent, c’est-à-dire la période avant Noël. La fête qui célèbre la naissance de Jésus, l’envoyé que Dieu a promis à son peuple. Comment est-ce que nous accueillons Jésus dans notre vie ? Il s’est présenté comme étant le chemin, la vérité et la vie. Tout comme Abraham, réservons-lui un accueil digne de ce nom dans notre vie et dans notre emploi du temps.

Christian Huy