Le désir est-il la marque de notre imperfection ?

Eglise évangélique Nîmes

Sujet de philo / point de vue biblique : Le désir est-il la marque de notre imperfection ?

Pour cette prédication, je vous propose de traiter l’un des sujets du bac de philo de cette année 2018.  Voici l’énoncé : Le désir est-il la marque de notre imperfection ?

Les sujets de philo soulèvent souvent des choses intéressantes. Il est intéressant de voir le point de vue des philosophes du passé, le point de vue de nos contemporains et le point de vue de la Bible. Je vais surtout parler du point de vue de la Bible, en me basant en particulier sur la lettre de Paul aux Galates. Mais avant cela, commençons par mentionner brièvement le point de vue de certains philosophes et de nos contemporains.

[1. Le désir selon certains philosophes]

Quand on parle de désir en philosophie, on parle souvent du mythe d’Aristophane. Ce mythe nous vient de Platon, de son ouvrage « Le banquet ». Il met en scène un personnage, Aristophane, qui essaie d’expliquer l’origine de l’amour. Selon lui, les êtres humains sont des êtres incomplets, et donc imparfaits. Autrefois les êtres avaient deux têtes, quatre bras et quatre jambes. Mais comme ces êtres ont défié les dieux, ceux-ci ont décidé de les couper en deux. C’est ainsi que sont apparus les êtres humains avec une seule tête, deux bras et deux jambes. Ce mythe explique notre désir de retrouver notre moitié perdue pour restaurer notre état de complétude originel. Selon la Bible, ce n’est pas du tout comme cela que ça s’est passé, mais je trouve intéressant que Platon ait évoqué une idée de ce genre.

D’après le livre de la Genèse, au tout début, l’homme et la femme étaient nus l’un devant l’autre et ils n’avaient pas honte, ils vivaient en harmonie, en toute transparence. Ils vivaient aussi en harmonie avec Dieu. Par la suite, ils ont rejeté l’autorité de Dieu, ils ont ainsi brisé toute harmonie qui existait, notamment l’harmonie avec Dieu et le reste de la création.

Cette harmonie brisée explique que nous avons le sentiment de ne pas être faits pour le monde tel qu’il est aujourd’hui. Un monde qui connaît la souffrance, la corruption, le mensonge et des catastrophes. Au fond de nous, nous savons que ces choses ne sont pas normales. L’être humain a ainsi le désir d’une vie meilleure, plus comblée. C’est le retour à Dieu qui satisfera ce désir. Mais au lieu de se tourner vers Dieu, l’être humain a tendance à satisfaire ses désirs par d’autres choses, nous y reviendrons dans quelques instants avec la lettre aux Galates.

En attendant, je vous propose de parler d’un autre philosophe : Blaise Pascal. Selon lui, le désir est effectivement une marque de notre imperfection. L’être humain est conscient de sa condition misérable. Nous sommes fragiles, voués à la maladie et à la mort. Nous le savons. Alors pour ne pas y penser, nous détournons notre attention sur autre chose : le divertissement.

Notre désir se porte alors vers toute sorte de loisirs, vers les agitations quotidiennes et même le travail. Selon Blaise Pascal, le fait que notre désir ne soit jamais satisfait prouve que ce ne sont pas ces choses qui peuvent nous combler, mais l’être humain préfère ne pas y penser.

Cette analyse est intéressante et elle rejoint en partie le message biblique. Nous savons que nous sommes limités et imparfaits. Dieu seul peut nous combler et nous offrir la vie éternelle. Mais au lieu de chercher Dieu, notre nature humaine a tendance à se tourner vers d’autres dieux, que ce soient d’autres religions, des idéologies, le travail ou simplement des divertissements.

[2. Le désir selon nos contemporains]

Qu’en pensent nos contemporains ? Je n’ai pas fait de sondage, je ne pense pas pouvoir exposer tous les points de vue qui existent de nos jours, mais deux choses m’ont frappées lorsque j’ai lu ou écouté quelques corrections proposées pour cette épreuve du bac.

Premièrement, aucun des profs de philo (consulté) n’a parlé d’une quelconque distinction entre des bons et des mauvais désirs. Cet oubli, volontaire ou pas, montre que nous vivons dans une société où la barrière entre le bien et le mal est de plus en plus floue.

Deuxièmement, les conclusions que j’ai lues mettent en évidence que nous sommes imparfaits et tant mieux. Selon ces profs, nous avons des désirs, car nous sommes imparfaits et c’est très bien comme cela. En effet, puisque nous sommes imparfaits, nous désirons atteindre la perfection sans jamais y arriver, mais ce n’est pas grave. L’important c’est d’avoir une motivation dans la vie, c’est de vouloir dépasser ses limites.

En fait, si nous étions parfaits, nous n’aurions plus aucun manque, donc plus aucun désir. Et si nous n’avions plus aucun désir, alors nous nous ennuierions. La perfection n’est donc pas souhaitable, au risque de s’ennuyer.

Ce point de vue me fait penser à une question que j’entends parfois : si au paradis nous serons comblés, n’allons-nous pas nous ennuyer pendant l’éternité ?

Ma femme et moi nous aimons beaucoup le thé. À notre mariage, les invités se sont concertés pour nous offrir chacun une boite de thé. Nous nous sommes retrouvés avec 80 thés pratiquement tous différents. Nous avons beaucoup apprécié découvrir ensemble des nouvelles saveurs.

Aujourd’hui encore nous découvrons encore des nouveaux thés (!). Nous aimons surtout les thés nature, car il y a beaucoup d’arômes subtils qui se développent naturellement. Nous avons par exemple déjà goûté des thés assez rares qui avaient des arômes de cacao grillé ou encore de litchis.

Il existe des centaines de thés différents, mais il y en a tout de même un nombre limité sur cette terre. Maintenant, imaginez qu’au ciel, il y ait un nombre illimité de bons thés (!) et de saveurs, au point où l’éternité ne suffirait pas pour tout goûter.

À mon avis, ce sera le cas pour toutes choses. Dieu est infini, et donc nous serons infiniment comblés. Nous n’arrêterons pas de découvrir les merveilles de Dieu tellement il y en a, ce sera sans fin, ça ne sera pas ennuyant. Je ne pense pas que l’imperfection soit une bonne chose ni que nous nous ennuierions si nous étions parfaits. Regardons maintenant ce que dit la Bible.

 [3. Le désir selon la Bible]

Le désir est-il la marque de notre imperfection ?

Pour répondre à cette question, j’ai choisi un texte que je n’aurai pas forcément choisi. Je l’ai choisi parce qu’il est en plein dans le sujet et même j’ai un peu hésité parce que c’est un texte qui me dérange. Mais comme je le dis parfois, quand Dieu nous dérange, c’est souvent le signe que nous avons là quelque chose à apprendre.

Il s’agit de la lettre de Paul aux Galates, chapitre 5, les versets 13 à 26 :

13 Frères et sœurs, c’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, ne faites pas de cette liberté un prétexte pour suivre les désirs de votre nature propre. Au contraire, soyez par amour serviteurs les uns des autres.

14 En effet, toute la loi est accomplie dans cette seule parole: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. 15, Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, attention: vous finirez par vous détruire les uns les autres. 16 Voici donc ce que je dis: marchez par l’Esprit et vous n’accomplirez pas les désirs de votre nature propre.

17 En effet, la nature humaine a des désirs contraires à ceux de l’Esprit, et l’Esprit a des désirs contraires à ceux de la nature humaine. Ils sont opposés entre eux, de sorte que vous ne pouvez pas faire ce que vous voudriez. 18 Cependant, si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes pas sous la loi.

19 Les oeuvres de la nature humaine sont évidentes: ce sont [l’adultère,] l’immoralité sexuelle, l’impureté, la débauche, 20 l’idolâtrie, la magie, les haines, les querelles, les jalousies, les colères, les rivalités, les divisions, les sectes, 21 l’envie, [les meurtres,] l’ivrognerie, les excès de table et les choses semblables.

Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait: ceux qui ont un tel comportement n’hériteront pas du royaume de Dieu.

22, Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi. 23 Contre de telles attitudes, il n’y a pas de loi. 24 Ceux qui appartiennent à [Jésus-]Christ ont crucifié leur nature propre avec ses passions et ses désirs.

25 Si nous vivons par l’Esprit, laissons-nous aussi conduire par l’Esprit. 26 Ne soyons pas vaniteux en nous provoquant les uns les autres, en nous portant envie les uns aux autres.

Dans cette partie de la lettre, l’apôtre Paul explique que le vrai disciple de Jésus est libre par rapport à la loi. Il n’est plus soumis à la loi, mais à l’Esprit.

Notez que la liberté, selon la Bible, ce n’est pas l’absence de contrainte. La liberté, c’est être soumis à l’Esprit de Dieu au lieu d’être soumis à la nature humaine. L’apôtre Paul fait la distinction entre deux types de désirs : les désirs de la chair, autrement dit, de la nature humaine, et les désirs guidés par l’Esprit de Dieu.

Les désirs de la nature humaine sont la marque de notre imperfection. L’être humain a été créé bon au départ, mais il s’est détourné de cette bonté. Il a pris son indépendance par rapport à Dieu par orgueil, pour ne plus dépendre de personne. Depuis cet acte de rébellion, les désirs de l’être humain sont en décalage avec ceux de Dieu.

L’apôtre Paul le souligne au verset 17 : « la nature humaine a des désirs contraires à ceux de l’Esprit, et l’Esprit a des désirs contraires à ceux de la nature humaine ».

Quels sont ces désirs ? Nous avons quelques exemples à partir du verset 19. On peut les classer en trois catégories.

Il y a premièrement des désirs d’ordre sexuel : l’adultère, l’immoralité sexuelle, l’impureté et la débauche.

Le sexe n’est pas mauvais, il a été créé par Dieu. Mais Dieu a prévu un cadre pour cela. Dès que l’on sort de ce cadre, on suit alors nos propres désirs et non pas ceux de Dieu.

Il y a deuxièmement les désirs qui portent atteinte à la relation avec Dieu : l’idolâtrie et la magie.

L’idolâtrie, ce n’est pas seulement avoir d’autres dieux dans le sens religieux. L’idolâtrie consiste avant tout à mettre autre chose que Dieu à la première place. Qu’est-ce qui occupe le plus souvent notre pensée ? Quelle différence y a-t-il entre notre budget pour l’Église, pour les missions et pour nos loisirs ?

Je connais des chrétiens qui ne partent pas en vacances pour donner plus à l’Église, à des œuvres et à des missions. J’ai lu le livre d’un auteur, Francis Chan, qui a vendu sa maison pour en acheter une plus petite, et il a donné la différence à des œuvres chrétiennes.

Je vous donne ces exemples, mais personnellement je suis loin d’être aussi dévoué que ces personnes, j’ai encore beaucoup à apprendre et à changer. Je ne suis pas contre les vacances et la détente. D’ailleurs, je sais déjà où je passerai mes prochaines vacances !

Mais il y a un équilibre et un discernement à avoir sur notre gestion du temps et de l’argent, je pense que ces choses révèlent là où est notre cœur.

Quant à la magie, c’est tout ce qui est en rapport avec la sorcellerie, la voyance, l’astrologie, etc. Toutes ces choses sont dirigées par des esprits qui ne viennent pas de Dieu.

Le troisième type de désirs humains est relationnel, ces désirs affectent notre relation avec les autres : les haines, les querelles, les jalousies, les colères, les rivalités, les divisions, les sectes, 21 l’envie, [les meurtres,] l’ivrognerie, les excès de table et les choses semblables.

À la fin du verset 21 l’apôtre Paul dit une parole dérangeante, elle peut même paraître légaliste : Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait: ceux qui ont un tel comportement n’hériteront pas du royaume de Dieu.

Cette parole est dérangeante d’autant plus pour nous qui sommes protestants et évangéliques, nous qui mettons l’accent sur la grâce. « Ceux qui ont un tel comportement n’hériteront pas du royaume de Dieu. »

Où est la grâce dans ce discours de Paul ?

Si nous regardons l’enseignement général de Paul, Dieu nous pardonne par grâce, il nous offre la vie éternelle par grâce. Mais être enfant de Dieu ce n’est pas seulement accepter le pardon de Dieu.

Être un enfant de Dieu, c’est être né de nouveau, comme l’a dit Jésus. La nouvelle naissance implique forcément une transformation, nous ne sommes plus la même personne, si bien que nous portons des fruits de l’Esprit, tout comme l’apôtre le dit au verset 22 :

22, Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi.

Le verset 24 résume bien son propos : ceux qui appartiennent à [Jésus-]Christ ont crucifié leur nature propre avec ses passions et ses désirs. L’apôtre Paul ne fait que dire d’une autre manière ce que Jésus lui-même a enseigné. Il a dit par exemple en Matthieu 5 : Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait.

Pouvons-nous donc être parfaits et entièrement saints sur cette terre ? Je ne pense pas, mais nous pouvons déjà être transformés par l’Esprit et cela doit se voir. Le chrétien n’est pas quelqu’un de parfait, mais il progresse sur le chemin de la sainteté.

On n’est pas sauvé simplement parce qu’un jour on a fait une prière pendant un camp. On n’est pas sauvé parce qu’on a changé de conviction. On n’est pas sauvé simplement parce qu’on s’est fait baptiser et parce qu’on est quelqu’un de bien. On est sauvé par la grâce de Dieu et cette grâce nous transforme jour après jour par l’Esprit saint. Les fruits de l’Esprit sont la marque de notre transformation.

[Conclusion]

En conclusion, le désir est-il la marque de notre imperfection ?

Les désirs de notre nature humaine sont effectivement la marque de notre imperfection. Ils sont la marque que nous suivons notre propre volonté et non celle de Dieu. En revanche, les désirs de l’Esprit sont la marque de notre nouvelle naissance et de notre transformation.

Que la grâce de Dieu nous transforme jour après jour et qu’il produise en nous l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur et la maîtrise de soi.

Christian Huy




Éprouver l’injustice est-il nécessaire pour savoir ce qui est juste ?

Tous les ans au mois de juin, les infos parlent d’un sujet qui suscite un certain intérêt chez les Français. Il s’agit des épreuves du bac. Il y a toujours des commentaires à faire sur le bac, on mentionne par exemple le candidat le plus jeune de l’année, le candidat le plus âgé, le nombre d’élèves qui le passent, etc. Et l’une des infos souvent mentionnées concerne l’épreuve de philo, c’est elle qui inaugure le début du bac !

En pensant à cela, je me suis dit : pourquoi  ne pas traiter une des questions de philo proposée cette année ? Pour cette prédication, j’ai choisi le sujet numéro 2 proposé pour le bac S 2018 (c’est la filière que j’ai passée). Voici la question : éprouver l’injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste ?

Je trouve que cette question est en lien avec notre foi chrétienne. La Bible parle beaucoup de justice et d’injustice. Mais avant de parler de ce que dit la Bible, il me semble intéressant de parler de Jean-Jacques Rousseau.

[1. L’injustice et la justice selon Rousseau]

En fait, Rousseau a développé sa notion de justice surtout après avoir éprouvé de l’injustice, c’est ce qui ressort de son autobiographie (Les confessions). Ce que je trouve encore plus intéressant chez lui, c’est que sa pensée représente assez bien la pensée des lumières, celles des philosophes du XVIIIe siècle. Les mêmes idées ont aussi été reprises lors de la Révolution française en 1789 et elles ont une influence encore aujourd’hui dans notre culture.

On croit souvent que l’on pense de manière libre, mais notre vécu, notre culture et notre histoire participent à l’élaboration de notre pensée. Après avoir éprouvé l’injustice, Rousseau s’est dit que la justice consiste avant tout à contribuer au bien commun. Pour lui, la justice commence par la liberté et par l’égalité de chaque individu. Liberté et égalité, ça ne vous dit pas quelque chose ? Il ne manque plus que la fraternité pour compléter la devise de la France.

Ces notions de liberté et d’égalité font l’objet du premier article de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. C’est aussi le premier article de la Déclaration universelle des droits de l’homme dont voici un extrait : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. »

Pour Jean-Jacques Rousseau, l’injustice a commencé il y a longtemps, à partir du moment où des gens ont décidé de clôturer des terrains en disant aux autres : c’est ma propriété ! Ensuite les plus forts ont fait des lois pour protéger leurs propriétés, les biens qu’ils se sont acquis, ils ont imposé leurs lois aux plus faibles.

Selon ce philosophe, les êtres humains naissent foncièrement bons, mais la société les corrompt. Et cette société est corrompue à cause du principe de propriété. Pour lui, la terre devrait appartenir à tout le monde et les fruits d’un arbre devraient aussi être à tout le monde. Comment fonder une société juste selon lui ?

Il faudrait que tous les citoyens d’une société soient libres et égaux, et qu’ils se concertent pour décider ensemble de ce qui est juste pour l’intérêt du bien commun. Les gens ne seront jamais tous d’accord, mais il faut tenir compte de la majorité. Et la minorité devrait se soumettre quand même, car c’est pour le bien commun. Il faudrait donc  se sacrifier pour le bien commun, pour la majorité.

Voilà donc quelques idées de Rousseau, si j’ai bien compris sa pensée.              En tout cas, cette idée de Rousseau et des lumières est encore très présente aujourd’hui. Dans le programme de français des classes de premières professionnelles, les élèves étudient les philosophes des lumières et leur combat contre l’injustice. Voici ce que j’ai pu trouver dans un document de l’éducation nationale de 2010, à destination des professeurs de lycée (ci-dessous un extrait) :

« (…) Une action juste dépend donc de la valeur qu’une société attache à la recherche de l’épanouissement humain, à l’élimination de la pauvreté ou au droit de jouir de son travail. Une action ne peut être universellement acceptée comme juste et la démocratie permet, à partir de l’exercice de la raison publique, de choisir entre différentes conceptions du juste selon les priorités du moment et les facultés de chacun. »

En résumé, la notion de justice varierait en fonction des époques, c’est la démocratie du moment qui permet que l’on puisse définir ensemble ce qui est juste.Cela ressemble beaucoup aux idées de Rousseau et de la Révolution française. Nous allons revenir sur ces idées dans quelques instants, en comparant cela avec la notion de justice dans la Bible.

En attendant, revenons à notre sujet de dissertation : éprouver l’injustice est-il nécessaire pour savoir ce qui est juste ?

[2. L’injustice et la justice dans notre conscience]

Qui ne s’est jamais exclamé en disant : « ce n’est pas juste ! »? Lorsque l’on s’estime être victime d’une injustice, c’est que l’on a une idée de ce qui est juste ou pas, sinon ne nous pourrions pas dire : « ce n’est pas juste ».

On peut donc commencer par dire que le fait d’éprouver l’injustice nous fait d’autant plus prendre conscience qu’il y a une distinction entre justice et injustice. Mais le sentiment d’injustice nous conduit-il vraiment à la connaissance de la justice ?

On peut remarquer que si notre idée de la justice vient de notre vécu, alors ce sera une notion subjective, personnelle : j’ai le sentiment de vivre une injustice, alors j’ai une idée de ce qui est juste ou pas. Mais l’expérience peut être différente selon les individus, selon les époques et selon les cultures.

Pour revenir aux idées de Rousseau, si c’est la majorité qui décide de ce qui est juste, alors la notion de justice variera en fonction des époques et des cultures. Je trouve cette idée assez dangereuse, car l’histoire nous montre que la majorité a parfois fait des choix condamnables.

En Égypte, à l’époque de Moïse, la majorité ne voyait pas d’inconvénient à réduire les Hébreux à l’esclavage. Au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, la majorité des Occidentaux ne voyaient aucune injustice dans le fait de déraciner les Africains pour en faire des esclaves. Selon des sondages, dans les années 80, la majorité des Français trouvaient que la peine de mort était une juste sanction pour certains criminels.

Accepterions-nous de dire que puisque c’était la majorité et puisque c’était « pour le bien commun » des peuples concernés, les personnes de ces époques avaient une bonne vision de la justice ?

La plupart du temps et par la grâce de Dieu, l’être humain a une bonne intuition de ce qui est juste ou pas, mais il lui arrive de faire des erreurs, comme dans les cas que je viens de mentionner. Dès que la notion de justice dépend de l’appréciation humaine, il peut y avoir des erreurs, car l’être humain n’est pas parfait. Alors, comment parvenir à la bonne justice ?

[3. L’injustice et la justice selon la Bible]

Selon la Bible, la notion de justice nous est parfaitement révélée par celui qui a mis en nous l’idée du juste et de l’injuste. Comme nous venons de le soulever, l’être humain, dans la majorité des cas, a une bonne intuition de ce qui est juste. Une grande partie de la loi française contient de bonnes choses pour notre société. Par exemple, la loi condamne le vol, le crime et le trafic de drogue. Mais selon la Bible, nous ne pouvons connaître la justice parfaite que par la révélation de Dieu.

Depuis le début, nous parlons de l’injustice subie et de la justice à instaurer. Mais la Bible nous parle avant tout de l’injustice que nous commettons ! Et si l’on commençait par s’occuper de l’injustice qui se trouve dans notre propre cœur ?

L’apôtre Paul enseigne que Dieu a fait connaître sa juste loi pour que nous nous rendions compte que nous sommes incapables de l’accomplir. Autrement dit : ce n’est pas en éprouvant l’injustice que nous connaitrons la justice, mais c’est en connaissant la justice que nous reconnaîtrons notre injustice.

Romains 7.7 : « Je n’ai connu le péché que par l’intermédiaire de la loi. En effet, je n’aurais pas su ce qu’est la convoitise si la loi n’avait pas dit: tu ne convoiteras pas. »

Il dit encore en Galates 3.24 : Ainsi la loi a été le guide chargé de nous conduire à Christ afin que nous soyons déclarés justes sur la base de la foi.

En résumé, la révélation de la loi de Dieu nous fait prendre conscience que nous ne pouvons pas être justes par nos propres efforts, nous avons besoin que Jésus nous rende justes.

Ces quelques paroles peuvent vous paraître un peu décourageantes sur la nature humaine. Dire que l’être humain fait des erreurs et qu’il est injuste, n’est-ce pas de l’obscurantisme religieux ? N’est-ce pas mettre trop d’accent sur les défauts de l’humain ? La religion chrétienne serait-elle une religion culpabilisante ?

La plupart des gens autour de nous, chrétiens ou pas, ne vivent-ils pas paisiblement dans la cité ? Ne font-ils pas leur possible pour apporter le bien autour d’eux ? Ne sont-ils pas honnêtes ? Ne payent-ils pas leurs impôts ?

La ville où j’habite actuellement (Nîmes) est remplie d’associations d’entraide, les gens de l’église sont très investis pour le service des uns et des autres. Beaucoup de membres contribuent généreusement aux finances de l’Église et font des dons à des missions humanitaires. Pourquoi le christianisme continue d’avoir ce discours sur l’injustice dans le cœur humain ? Nous faisons pourtant de belles actions.

Jésus a raconté une parabole en réponse à ce discours. C’est dans l’Évangile selon Luc, chapitre 18, versets 9 à 14 :

9 Il dit encore cette parabole, à l’intention de certaines personnes qui étaient convaincues d’être justes et qui méprisaient les autres:
10 «Deux hommes montèrent au temple pour prier; l’un était un pharisien, l’autre un collecteur d’impôts.
11 Le pharisien, debout, faisait cette prière en lui-même: ‘O Dieu, je te remercie de ce que je ne suis pas comme les autres hommes, qui sont voleurs, injustes, adultères, ou même comme ce collecteur d’impôts.
12 Je jeûne deux fois par semaine et je donne la dîme de tous mes revenus.’
13 Le collecteur d’impôts, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine en disant: ‘O Dieu, aie pitié de moi, qui suis un pécheur.’
14 Je vous le dis, lorsque ce dernier descendit chez lui, il était considéré comme juste, mais pas le pharisien. En effet, toute personne qui s’élève sera abaissée, et celle qui s’abaisse sera élevée.»

Pour expliquer cette parabole, voici une autre parabole (non biblique), je terminerai là-dessus :

À l’entrée du ciel. Arrive un homme bien sous tous rapports. Il sonne à la porte. Quelqu’un se présente et dit, « Que puis-je pour vous ? »

Et l’homme dit, « Je voudrai entrer au ciel. »

Un être céleste lui dit, « C’est très bien. Nous aurons de la joie à vous avoir. Nous voulons toujours plus de gens au ciel. »

L’être céleste lui dit, « Pour entrer au ciel il faut gagner 1000 points. »

L’homme répondit, « Ce ne sera pas un problème. J’ai été un homme bon toute ma vie. Je me suis toujours impliqué dans l’aide apportée au prochain. J’ai souvent donné beaucoup d’argent aux œuvres charitables. »

L’être céleste lui dit, « Vous avez là un bon dossier. Cela vaut UN POINT. »

Étonné, l’homme a ajouté, « J’ai été marié pendant 45 ans. J’ai toujours été fidèle. Nous avons eu 5 enfants, 3 garçons et 2 filles. Je les ai toujours aimés et passé beaucoup de temps avec eux et j’ai veillé à ce qu’ils aient une bonne éducation. Je me suis toujours occupé d’eux et ils ont réussi. Je suis un homme de la famille. »

L’être céleste dit, « Je suis impressionné. Nous ne recevons pas toujours des gens comme vous. CELA VAUT UN AUTRE POINT ! »

Se mettant à transpirer abondamment, l’homme se mit à trembler. « Vous ne comprenez pas. J’ai été actif dans mon église. J’y suis allé chaque dimanche. J’ai donné de l’argent à chaque fois qu’ils passaient avec la corbeille. J’ai été diacre et ancien. J’ai enseigné à l’école du dimanche pendant 20 ans. »

Et l’être céleste lui dit, « Vous avez certainement un dossier admirable. CELA VOUS FAIT UN AUTRE POINT. » « Un point plus les deux que vous aviez déjà, ça vous fait TROIS. Il ne vous reste plus que 997. »

Tremblant, l’homme tomba sur ses genoux. Désespéré il cria, « À moins que ce ne soit PAR LA GRÂCE DE DIEU, personne ne pourra y entrer ! » L’être céleste le regarda et sourit, « Félicitations ! Vous avez atteint les 1000 points. »

(Illustration de John Warwick Montgomery dans un de ses livres.)

 [Conclusion]

Ce que ces paraboles veulent nous faire comprendre, c’est que devant la sainteté de Dieu, c’est là que nous prenons conscience de ce qu’est la justice. Et l’être humain est loin d’être aussi juste, il est loin des « 1000 points », mais Jésus a vécu une vie entièrement juste et il s’est proposé de représenter l’humanité devant Dieu. Ainsi, par sa grâce, Dieu nous déclare juste et il nous appelle à vivre toujours plus selon sa justice.