Changer le plan de Dieu ? (Genèse 18.16-33)

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En début d’année, nous entendons ou prononçons souvent ces quelques mots : « bonne année, meilleurs vœux ». Ce sont des souhaits. Mais pouvons-nous faire plus que les souhaiter ? En tant que chrétien, Dieu nous donne plusieurs moyens d’intervenir sur le cours d’une année et même sur le cours d’une vie. Ce moyen, c’est la prière.

Abraham, l’ancêtre du peuple juif, avait un neveu qui habitait à Sodome. Sodome était réputé pour être une ville remplie de gens méchants et corrompus, tout comme la ville de Gomorrhe. Les habitants de ces deux villes étaient tellement méchants que Dieu avait décidé de les détruire. Quand Abraham a appris cette nouvelle, il a tenté de faire changer le plan de Dieu, il ne voulait pas la destruction de ces villes, d’autant plus que son neveu et sa famille y habitaient. Il a négocié avec Dieu un peu comme quand on marchande avec un vendeur dans les cultures orientales.

Je connais des gens qui négocient très souvent quand ils vont dans des marchés ou des vide-greniers. Pour les vide-greniers c’est un peu le principe. Parfois il m’arrive aussi de marchander, mais je ne suis pas très doué pour cela, donc je ne le fais pas souvent. En revanche, je commence à avoir de l’expérience dans un autre type de négociation…

C’est lorsque je veux que mon fils goûte de la nourriture, qu’il range ses jouets ou qu’il reste tranquille ! Là je commence à savoir à peu près comment négocier. Par exemple, quand on essaie de lui couper les ongles, il ne reste pas très longtemps immobile, il a besoin de bouger les mains ou les pieds. Je lui propose alors de le distraire en faisant « le clown » pour qu’il accepte de rester encore tranquille un moment. (Et si vous voulez savoir comment je fais le clown, il faudra négocier avec moi !)

Abraham négocie avec Dieu et cela nous interpelle : peut-on négocier avec Dieu ? Change-t-il ses plans en fonction de nos prières ? Faut-il être un bon négociateur pour avoir plus de chance d’obtenir ce que nous demandons ?

Peut-être que ces questions vous paraissent inappropriées ou illégitimes. Mais le texte suscite tout de même ce genre d’interrogation. Lisons-le ensemble dans le livre de la Genèse, au chapitre 18, les versets 16 à 33.

16 Ces hommes se levèrent pour partir en se dirigeant du côté de Sodome. Abraham les accompagna pour les reconduire.
17 Alors l’Eternel dit: «Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire?
18 Abraham deviendra une nation grande et puissante, et toutes les nations de la terre seront bénies en lui. 19 En effet, je l’ai choisi afin qu’il ordonne à ses fils et à sa famille après lui de garder la voie de l’Eternel en pratiquant la droiture et la justice. Ainsi l’Eternel accomplira en faveur d’Abraham les promesses qu’il lui a faites.»
20 Et l’Eternel dit: «Le cri contre Sodome et Gomorrhe a augmenté, et leur péché est énorme.
21 C’est pourquoi je vais descendre et je verrai s’ils ont agi entièrement d’après le bruit venu jusqu’à moi. Si ce n’est pas le cas, je le saurai.»
22 Les hommes s’éloignèrent et allèrent vers Sodome, mais Abraham se tint encore devant l’Eternel.
23 Abraham s’approcha et dit: «Supprimeras-tu vraiment le juste avec le méchant? 24 Peut-être y a-t-il 50 justes dans la ville. Les supprimeras-tu aussi et ne pardonneras-tu pas à cette ville à cause des 50 justes qui sont au milieu d’elle? 25 Faire mourir le juste avec le méchant, si bien que le sort du juste serait identique à celui du méchant, cela ne correspond certainement pas à ta manière d’agir! Celui qui juge toute la terre n’appliquera-t-il pas le droit?»
26 L’Eternel dit: «Si je trouve à Sodome 50 justes, je pardonnerai à toute la ville à cause d’eux.» 27 Abraham reprit: «Voici que j’ai eu l’audace de parler au Seigneur, moi qui ne suis que poussière et cendre. 28 Peut-être, à ces 50 justes, en manquera-t-il 5. Pour 5, détruiras-tu toute la ville?» L’Eternel dit: «Je ne la détruirai pas si j’y trouve 45 justes.» 29 Abraham continua de lui parler et dit: «Peut-être s’y trouvera-t-il 40 justes.» L’Eternel dit: «Je ne lui ferai rien à cause de ces 40.» 30 Abraham dit: «Que le Seigneur ne s’irrite pas et je parlerai. Peut-être s’y trouvera-t-il 30 justes.» L’Eternel dit: «Je ne lui ferai rien si j’y trouve 30 justes.» 31 Abraham dit: «Voici que j’ai eu l’audace de parler au Seigneur. Peut-être s’y trouvera-t-il 20 justes.» L’Eternel dit: «Je ne la détruirai pas à cause de ces 20.» 32 Abraham dit: «Que le Seigneur ne s’irrite pas et je ne parlerai plus que cette fois. Peut-être s’y trouvera-t-il 10 justes.» L’Eternel dit: «Je ne la détruirai pas à cause de ces 10 justes.» 33 L’Eternel s’en alla lorsqu’il eut fini de parler à Abraham, et Abraham retourna chez lui.

Ce texte à la fois fascinant et surprenant. Je trouve cela très étonnant que Dieu ait besoin de descendre sur terre pour voir ce qui se passe. Voici ce qu’il dit aux versets 20 et 21 : «Le cri contre Sodome et Gomorrhe a augmenté, et leur péché est énorme. C’est pourquoi je vais descendre et je verrai s’ils ont agi entièrement d’après le bruit venu jusqu’à moi. Si ce n’est pas le cas, je le saurai.»

Les habitants de ces deux villes commettent tellement de méchanceté et d’injustices que les victimes de viol, de crimes et de corruption crient leur détresse à Dieu contre Sodome et Gomorrhe. Mais Dieu n’est-il pas censé tout voir et tout savoir ? Pourquoi aurait-il besoin de descendre sur terre pour vérifier si ce qu’il entend est vrai ? Normalement il sait tout. Il devrait savoir que les habitants de Sodome et Gomorrhe sont mauvais. Pourquoi dit-il à Abraham : « j’ai entendu des cris, je vais descendre vérifier si c’est vrai » ?

Dieu sait tout, mais il utilise des images pour nous montrer comment il agit. Tout d’abord, il dit qu’il descend voir, parce qu’il se trouve en haut et nous, nous sommes en bas. Il est dans les cieux et nous sommes sur terre. Mais il ne reste pas sur son trône tranquillement loin de nous, il ne se coupe pas du monde, il ne se met pas à l’abri de nos souffrances. Il est préoccupé par ce qui se passe sur terre, si bien qu’il « descend » voir ce qui se passe lorsque nous crions à lui.

Ainsi, Dieu nous fait comprendre qu’il est effectivement le roi de l’univers, mais c’est un roi à l’écoute de nos détresses. Quand on lui en parle, il prend notre souffrance au sérieux et il agit pour mettre le méchant hors d’état de nuire. Il ne le fait pas forcément tout de suite, mais en temps voulu.

On remarque aussi que Dieu n’agit pas comme nous. Parfois sous l’émotion nous agissons sur un coup de tête. Sous la colère nous pouvons dire des paroles blessantes, nous pouvons prendre des décisions regrettables. Dieu agit avec discernement et réflexion. Il descend pour se rendre compte de la situation, pour agir de manière juste et appropriée à la situation. Nous pouvons faire confiance en la justice divine.

Ce que je trouve intéressant aussi c’est qu’il informe Abraham de son projet de détruire Sodome. Pourquoi le fait-il ?

Le texte précise qu’Abraham est quelqu’un de spécial aux yeux de Dieu. Il sera le père d’une grande nation, il enseignera ses descendants à obéir à Dieu. Je pense que Dieu prévient Abraham aussi parce que son neveu, Lot, habite à Sodome avec sa femme et ses enfants. Et je pense que Dieu prévient Abraham pour susciter en lui une réaction, pour qu’il dialogue et même qu’il négocie avec lui. C’est effectivement ce qui arrive. Abraham demande à Dieu d’épargner ces deux villes. Dieu voulait avoir cette discussion avec son serviteur. Ainsi, Dieu annonce le jugement à Abraham afin qu’il lui demande de sauver les gens perdus.

En tant que disciples de Jésus, nous sommes un peu dans la situation d’Abraham. Nous avons entendu le message de l’Évangile résumé dans ce verset : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle » (Jean 3.16)

Ce verset contient une belle promesse : la vie éternelle.
Mais il contient aussi un avertissement : la perdition pour celui qui ne croit pas.

Si nous croyons vraiment qu’il y a des gens sauvés, alors nous croyons aussi qu’il y a des gens perdus. Prions-nous pour ces gens-là ?

L’exemple d’Abraham est encore plus fort. Non seulement il prie pour des gens perdus, mais il se trouve que ces gens perdus sont extrêmement méchants. Le chapitre suivant nous en donne un aperçu. Sommes-nous préoccupés par le salut des criminels, des meurtriers, des violeurs ? C’est pour eux qu’Abraham demande le salut et le pardon. Comment le fait-il ? C’est très intéressant.

Il rappelle à Dieu qu’il ne peut pas agir ainsi. Relisons les versets 23 à 15 :

«Supprimeras-tu vraiment le juste avec le méchant? 24 Peut-être y a-t-il 50 justes dans la ville. Les supprimeras-tu aussi et ne pardonneras-tu pas à cette ville à cause des 50 justes qui sont au milieu d’elle? 25 Faire mourir le juste avec le méchant, si bien que le sort du juste serait identique à celui du méchant, cela ne correspond certainement pas à ta manière d’agir! Celui qui juge toute la terre n’appliquera-t-il pas le droit?»

Avez-vous remarqué sur quoi est basée l’argumentation d’Abraham ?

Il part du principe qu’il y a des hommes justes dans la ville, au moins 50. Dieu ne peut pas supprimer le juste et le méchant ensemble. Ce serait injuste et Dieu ne peut pas agir de cette manière. Alors Dieu dit : OK, s’il y a 50 justes, je ne détruirai pas la ville. Et Abraham se dit : mais peut-être qu’il n’y a même pas 50 justes dans la ville, alors il baisse à 45, à 40, 30, 20, 10. À chaque fois, il a l’air gêné de négocier ainsi avec Dieu, lui qui n’est que poussières et cendres. Abraham fait preuve d’humilité, il a conscience qu’il parle avec le maître de l’univers et que lui n’est qu’un être humain ordinaire. Mais Dieu écoute les requêtes des humains ordinaires. Dieu nous écoute, nous qui ne sommes que poussière, parce que nous sommes ses enfants, nous avons une grande valeur à ses yeux. À la fin, Dieu est d’accord de ne pas détruire la ville s’il y trouve 10 justes.

La suite nous montrera qu’il n’y a même pas 10 justes à Sodome et Gomorrhe. La ville va être détruite, mais Dieu donnera la possibilité à Lot et à sa famille de fuir la ville avant la destruction. Le chapitre suivant pose la question du jugement de Dieu. Nous aborderons ce texte la semaine prochaine. En attendant, revenons à la négociation entre Abraham et Dieu.

Si Abraham a pu négocier avec Dieu, c’est parce qu’il avait des arguments valables.

Premièrement, Abraham demande à Dieu d’agir selon sa justice. Son argument, c’est la justice divine. En fait, Dieu n’avait pas prévu d’agir injustement, mais il voulait impliquer Abraham dans son plan.

Et deuxièmement, l’autre argument d’Abraham c’est qu’il pourrait y avoir des hommes justes. La présence des justes aurait amené Dieu à épargner et même à pardonner Sodome. Dieu le répète plusieurs fois, par exemple au verset 26 : « Si je trouve à Sodome 50 justes, je pardonnerai à toute la ville à cause d’eux. »

Aujourd’hui Dieu nous annonce le jugement pour que nous priions pour les personnes perdues. Aujourd’hui Dieu nous donne aussi des arguments pour intervenir en faveur de ces personnes perdues. Nos deux arguments principaux sont les mêmes que ceux d’Abraham.

Premièrement, Dieu est juste et nous pouvons invoquer sa justice. Il n’agira jamais de manière injuste ! Et deuxièmement, il y a un homme juste grâce à qui Dieu peut pardonner le pécheur. Jésus a vécu une vie entièrement sainte, c’est-à-dire entièrement consacrée à Dieu. Il est le seul homme parfaitement juste. Grâce à sa justice, tout homme peut être pardonné. Il faut alors se mettre sous son autorité. Si Jésus est mon représentant devant Dieu, alors je n’ai pas à craindre le jugement.

Pour conclure, revenons à nos questions du début.

Peut-on négocier avec Dieu ? Négocier est peut-être un mot un peu fort. Je dirais plutôt que nous pouvons intervenir sur le cours des choses en intercédant, Dieu nous en donne la possibilité.

Dieu change-t-il ses plans en fonction de nos prières ? Je pense que Dieu a un plan et ce plan intègre nos prières. Nous ne changeons pas le plan de Dieu par la prière, mais  par la prière nous participons au plan de Dieu.

Faut-il être un bon négociateur pour avoir plus de chance d’obtenir ce que nous demandons ? Notre négociateur c’est Jésus. Si nous demandons le pardon au nom de Jésus, alors nous serons pardonnés.

Retenons de ce texte que Dieu annonce un jugement, mais il annonce aussi le pardon possible grâce à un homme juste. Nous avons donc une responsabilité, celle de prier pour les personnes perdues et celle d’annoncer le salut en Jésus-Christ.

Christian Huy

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