Compte sur moi (Genèse 21.1-21)

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Sur qui peut-on compter ?

Pendant toute mon enfance et mon adolescence, j’étais dépendant de mes parents et je comptais sur eux. En y repensant aujourd’hui, je me rends compte que je leur demandais beaucoup et qu’ils ont fait énormément pour moi. Même si les rapports ont changé depuis que j’ai quitté la maison, je sais que je peux encore compter sur eux.

Dans cette série de prédications, nous suivons l’histoire d’Abraham, l’ancêtre du peuple juif. Dieu a voulu se former un peuple et il a choisi sa descendance. Quelle est la première chose que Dieu lui a demandée ? « Quitte ton pays, ta patrie et ta famille, va à l’endroit que je t’indiquerai et je ferai de toi une grande nation. Ta descendance sera une source de bénédiction pour toutes les familles de la terre. » (Paraphrase.)

Autrement dit : « Quitte tout ce que tu as, en particulier tes parents et ta famille, va parcourir le désert et ne compte plus que sur moi, tu verras, tu ne seras pas déçu. »

À ce moment-là Abraham était déjà marié et il ne dépendait plus de ses parents, mais il vivait encore parmi les siens. Suite à l’appel de Dieu, Abraham obéit et il part. Il s’éloigne de sa famille, il ne peut plus compter que sur Dieu. Mais tout au long de son parcours, il n’arrive pas à compter entièrement sur le Seigneur. Il a bien la foi, mais une foi parfois bancale. En fin de compte, il reste humain, je pense que la plupart d’entre nous ressemblent à lui sur ce point-là. À deux reprises, il fait passer sa femme pour sa sœur parce qu’il avait peur d’être tué malgré les promesses de Dieu  son égard. Sa femme était très belle et il avait peur qu’on la lui prenne.

L’histoire d’Abraham est aussi marquée par l’attente d’un enfant. Dieu lui a promis une descendance, mais sa femme était stérile. À force d’attendre, alors qu’Abraham avait 86 ans, sa femme Sarah lui suggère de faire un enfant avec Agar, sa propre servante. Cette union donne naissance à Ismaël. À l’époque cette pratique était acceptée, c’était un peu comme les mères porteuses de notre époque.

Mais Dieu lui fait comprendre que ce n’est pas Ismaël l’enfant promis. Il faut encore attendre. Abraham et Sarah ont du mal à croire, car le couple est âgé. Abraham approche des 100 ans et Sarah des 90 ans. Mais Dieu rappelle sa promesse à plusieurs reprises et le couple s’y accroche. Nous arrivons maintenant au texte qui raconte enfin la réalisation de cette promesse. Il s’agit du récit de la naissance de l’enfant promis. C’est dans le livre de la Genèse, au chapitre 21, les versets 1 à 21.

1 L’Eternel intervint en faveur de Sara comme il l’avait dit, il accomplit pour elle ce qu’il avait promis:
2 Sara tomba enceinte et donna un fils à Abraham dans sa vieillesse, au moment fixé dont Dieu lui avait parlé.
3 Abraham appela Isaac le fils qui lui était né, que Sara lui avait donné.
4 Il circoncit son fils Isaac lorsqu’il fut âgé de 8 jours, comme Dieu le lui avait ordonné.
5 Abraham était âgé de 100 ans à la naissance de son fils Isaac. 6 Sara dit: «Dieu m’a donné un sujet de rire et tous ceux qui l’apprendront riront de moi.»
7 Elle ajouta: «Qui aurait osé dire à Abraham: ‘Sara allaitera des enfants?’ Pourtant, je lui ai donné un fils dans sa vieillesse.»
8 L’enfant grandit et fut sevré. Abraham fit un grand festin le jour où Isaac fut sevré. 9 Sara vit rire le fils que l’Egyptienne Agar avait donné à Abraham.
10 Alors elle dit à Abraham: *«Chasse cette esclave et son fils, car le fils de cette esclave n’héritera pas avec mon fils, avec Isaac.»
11 Cette parole déplut beaucoup à Abraham parce que c’était son fils.
12 Cependant, Dieu dit à Abraham: «Que cela ne te déplaise pas à cause de l’enfant et de ton esclave. Quoi que te dise Sara, écoute-la, car *c’est par Isaac qu’une descendance te sera assurée.
13 Je ferai aussi une nation du fils de l’esclave, car il est ta descendance.»
14 Abraham se leva de bon matin. Il prit du pain et une outre d’eau qu’il donna à Agar et plaça sur son épaule. Il lui remit aussi l’enfant et la renvoya. Elle s’en alla et se perdit dans le désert de Beer-Shéba.
15 Quand l’eau de l’outre fut épuisée, elle laissa l’enfant sous un des arbrisseaux 16 et alla s’asseoir vis-à-vis, à la distance d’une portée d’arc, car elle se disait: «Je ne veux pas voir mourir mon enfant!» Elle s’assit donc vis-à-vis de lui et se mit à pleurer tout haut.
17 Dieu entendit les cris de l’enfant. L’ange de Dieu appela Agar depuis le ciel et lui dit: «Qu’as-tu, Agar? N’aie pas peur, car Dieu a entendu les cris de l’enfant là où il se trouve.
18 Lève-toi, relève l’enfant et tiens-le par la main, car je ferai de lui une grande nation.» 19 Dieu lui ouvrit les yeux et elle vit un puits. Elle alla remplir l’outre d’eau et donna à boire à l’enfant.
20 Dieu fut avec l’enfant. Celui-ci grandit, habita dans le désert et devint tireur à l’arc. 21 Il s’installa dans le désert de Paran et sa mère prit pour lui une femme égyptienne.

Le premier point que je veux relever, c’est que nous pouvons compter sur Dieu même quand les circonstances sont défavorables.

[1. Nous pouvons compter sur Dieu même quand les circonstances sont défavorables]

Abraham était très âgé, Sarah était stérile. Humainement parlant, ce couple ne pouvait plus espérer avoir d’enfant. Mais le miracle se produit. Ce qui me frappe dans ce récit, c’est la simplicité. La naissance est racontée en deux versets et c’est très sobre. C’est même un peu décevant pour le lecteur qui lit l’histoire d’Abraham depuis le début. Pendant près de 10 chapitres, il y a comme un suspens. Quand est-ce que l’enfant va naître ? Pratiquement tout le parcours d’Abraham est rythmé par cette attente et cette promesse qui tarde à s’accomplir.

Dans la plupart des romans ou des films au cinéma, on a généralement la trame suivante. On nous présente une situation de départ, les personnages vivent leur vie plus ou moins normalement. Très vite, cette situation de départ est dérangée par un élément perturbateur. Par exemple, il y a eu un enlèvement, une bombe va exploser, un tueur en série fait des victimes, la femme tombe amoureuse d’un homme qui sort déjà avec une autre, etc.

Le scénario va consister à présenter au lecteur ou au spectateur comment la problématique va se résoudre. En général, au moment du dénouement, on s’attarde sur la scène victorieuse. Il y a comme une courbe qui monte jusqu’au moment tant attendu. Et quand la scène arrive, c’est spectaculaire. La scène où l’on attrape le méchant, où l’on désamorce la bombe, où la femme embrasse son amoureux.

Dans l’histoire d’Abraham, le dénouement, c’est la naissance de l’enfant, mais la scène est présentée de manière très succincte : « L’Eternel intervint en faveur de Sara comme il l’avait dit, il accomplit pour elle ce qu’il avait promis: Sara tomba enceinte et donna un fils à Abraham dans sa vieillesse, au moment fixé dont Dieu lui avait parlé. » 

Pourquoi tant de simplicité ? …

Parce qu’il n’y a aucune surprise, il n’y a aucun suspens. Tout était déjà prévu. Dieu l’a promis, Dieu le réalise. Pourquoi être surpris de quelque chose que Dieu a annoncé longtemps à l’avance ? Le texte souligne à trois reprises que c’est un accomplissement prévisible : « L’Eternel intervint en faveur de Sara comme il l’avait dit, il accomplit pour elle ce qu’il avait promis: Sara tomba enceinte et donna un fils à Abraham dans sa vieillesse, au moment fixé dont Dieu lui avait parlé. »

Si vous vous rendiez au culte hebdomadaire d’une Église, êtes-vous inquiets de peur que le culte n’ait pas lieu ? Et lorsque le culte commence, êtes-vous soulagés de cette inquiétude ? Je ne pense pas, tout simplement parce que c’était prévu.

C’est pareil pour Abraham et Sarah. Dieu l’a promis, Dieu l’a fait, pourquoi s’inquiéter que l’enfant n’arrive pas ? Parce que le couple était âgé ? Parce que Sarah était stérile ? Il n’y avait aucune raison de s’en faire.

Notre nature humaine a tendance à s’inquiéter et à se laisser décourager par les obstacles. Mais Dieu prend soin de ses enfants. Même quand les circonstances sont défavorables, nous pouvons compter sur lui.

Le deuxième point que je souhaite souligner, c’est que nous pouvons compter sur Dieu même quand nous faisons des erreurs.

[2. Nous pouvons compter sur Dieu même quand nous faisons des erreurs.]

Juste avant que Sarah ne tombe enceinte, Abraham venait de mentir pour la deuxième fois à cause de son manque de confiance. Au chapitre 20, il fait passer sa femme pour sa sœur et il avoue même que c’est par peur d’être tué. Malgré sa foi hésitante, malgré ses erreurs, Dieu continue de bénir ses enfants. Tout simplement parce que Dieu ne fonctionne pas avec nous sur le principe du mérite. L’amour de Dieu est gratuit, le pardon est gratuit, les bénédictions sont gratuites.

En revanche, la gratuité coûte toujours à quelqu’un. Quand vous recevez un cadeau, c’est gratuit pour vous, mais celui qui vous l’offre a payé. Dans le cas du pardon de Dieu, il est gratuit parce que le fils de Dieu a payé le prix sur la croix. Ainsi, Dieu ne condamne plus le pécheur. Ce cadeau est gratuit, mais nous ne devons pas le mépriser ni le négliger, parce qu’il a coûté très cher.

Au temps d’Abraham, Jésus n’était pas encore là, mais Abraham a pu être béni malgré ses erreurs, car Dieu était justement en train de préparer la solution au problème du péché. C’est de la descendance d’Abraham et d’Isaac que Jésus va naître. C’est lui qui apportera une bénédiction pour toutes les nations de la terre.

C’est grâce à Jésus que nous pouvons recevoir toutes sortes de bénédictions malgré nos erreurs. Dieu n’attend pas que nous méritions son intervention. Nous pouvons compter sur lui, même si nous n’agissons pas toujours selon sa volonté.

Enfin, le troisième point que je veux relever, c’est que Dieu prend soin de nous même quand tout le reste du monde nous met à l’écart.

[3. Dieu prend soin de nous même quand tout le reste du monde nous met à l’écart.]

Je ne sais pas si Abraham était dans la joie au moment de la naissance de son fils. Le texte ne dit rien sur son état d’esprit. La joie d’accueillir un enfant, il l’a déjà expérimentée avec Ismaël. Il organise une fête au moment où l’enfant est sevré, mais c’est parce que c’est la tradition.

En revanche, Sarah exprime sa joie dans les versets 6 et 7. Elle dit qu’elle a un sujet de rire, dans le sens où elle a un sujet de réjouissance.

Si Abraham n’exprime aucune émotion à la naissance d’Isaac, il exprime une grande peine quand Sarah lui demande de se séparer d’Ismaël et de sa mère, Agar. En effet, Sarah ne souhaite pas que l’héritage soit partagé.

Dans un premier temps, on pourrait penser que Dieu ne veut pas d’Ismaël, car il incite Abraham à faire ce que Sarah demande. C’est ainsi qu’à l’âge de 14 ans, Ismaël est envoyé dans le désert avec Agar, sa mère. Abraham leur donne du pain et une outre d’eau. (Une outre c’est une sorte de très grande gourde faite généralement en peau d’animaux.)

Quand l’eau vient à manquer et que la mort est proche, Dieu entend les cris du jeune garçon et il permet à sa maman de voir une source d’eau qui était là, juste sous ses yeux. Le texte insiste sur l’attention de Dieu. Il a entendu les cris d’Ismaël et il l’a sauvé. Dieu ne l’a pas rejeté, mais il avait un autre plan pour lui.

Ce récit montre une fois de plus que nous pouvons compter sur Dieu, même quand nous pensons être rejetés de tous.

Peut-être que cela vous arrive de vous sentir différent à cause de votre statut social, de votre santé, de votre situation familiale, de vos origines, de votre physique. Peut-être même que vous vous sentez mis à l’écart, mais vous ne savez pas pourquoi.

Dieu, lui, ne met personne à l’écart. Il a choisi Abraham et Isaac non pas pour écarter les autres, mais pour constituer une descendance jusqu’à Jésus, afin de bénir toutes les familles de la terre.

[Conclusion]

Pour conclure, je pense que ce texte nous invite à nous rendre compte de ce que signifie avoir foi en Dieu. Quels que soient les obstacles, quelles que soient nos erreurs, quel que soit le regard des autres sur nous, même quand nous ne pouvons plus rien attendre de personne, nous pouvons toujours compter sur Dieu.

Christian Huy

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