Il nous invite à sa fête (Jean 2.1-11)

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Avez-vous déjà passé des entretiens d’embauche ? On dit souvent que lors d’un entretien, il faut aller à l’essentiel et surtout faire bonne impression. Il paraît que les premières impressions que l’on donne sont très importantes.

C’est valable dans beaucoup de domaines. Par exemple, imaginez que vous êtes chanteur. Vous venez de sortir un album et vous êtes sur le point de faire votre première apparition en public. Chaque détail sera important : votre manière de vous habiller, votre langage corporel, vos paroles, etc. Toutes ces choses vont révéler un peu qui vous êtes et quel message vous voulez faire passer. Et même si vous n’accordez pas trop d’importance à toutes ces choses, cela véhicule de toute façon qui vous êtes. Chaque première impression montre un peu qui vous êtes.

Ici, j’aimerais qu’on s’intéresse au premier miracle de Jésus, à la première impression qu’il a donnée en tant que faiseur de miracles. Le premier signe miraculeux de Jésus inaugure en quelque sorte son ministère (c’est-à-dire son service pour Dieu). C’est presque comme sa carte de visite, c’est la première impression qu’il va donner à ses disciples et à tous ceux qui l’entourent. Contre toute attente, le premier miracle de Jésus ce n’est pas une guérison ni une délivrance de démon.

Son premier miracle a été de transformer de l’eau en vin. Il n’a pas simplement changé un verre d’eau en un verre de vin. Il a transformé 600 litres d’eau en 600 litres de vin. Dans le texte biblique, ce miracle n’est pas appelé miracle, il est appelé « signe », plus précisément « signe miraculeux ». Un signe a une signification. Qu’est-ce que Jésus a voulu signifier en changeant de l’eau en vin ?

Avant d’aller plus loin on peut commencer par lire le texte. Il se trouve dans l’Évangile selon Jean, au chapitre 2, les versets 1 à 11.

1 Or, le troisième jour, il y eut des noces à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là. 2 Jésus fut aussi invité aux noces avec ses disciples. 3 Comme le vin venait à manquer, la mère de Jésus lui dit: «Ils n’ont plus de vin.»
4 Jésus lui répondit : «Que me veux-tu, femme? Mon heure n’est pas encore venue.»
5 Sa mère dit aux serviteurs: «Faites tout ce qu’il vous dira.» 6 Or il y avait là six jarres de pierre, destinées aux purifications des Juifs et contenant chacune une centaine de litres.
7 Jésus leur dit: «Remplissez d’eau ces jarres.» Et ils les remplirent jusqu’au bord. 8 «Puisez maintenant, leur dit-il, et apportez-en à l’organisateur du repas.» Et ils lui en apportèrent. 9 L’organisateur du repas goûta l’eau changée en vin. Ne sachant pas d’où venait ce vin, tandis que les serviteurs qui avaient puisé l’eau le savaient bien, il appela le marié
10 et lui dit: «Tout homme sert d’abord le bon vin, puis le moins bon après qu’on s’est enivré; mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent!» 11 Tel fut, à Cana en Galilée, le premier des signes miraculeux que fit Jésus. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui.

[1. Jésus, le maître de la fête]

Le texte précise bien que c’était le premier signe miraculeux de Jésus en Galilée. Un signe est un symbole qui renvoie à autre chose. Jésus n’était pas obligé d’exercer sa puissance dans cette situation. Comme on l’a dit plus haut, personne n’était en danger. Pourquoi a-t-il choisi de manifester sa puissance divine pour la première fois pendant un mariage, en changeant l’eau en vin ?

Pour mieux comprendre ce récit, il faut savoir que le mariage était un moment très important dans la vie d’un couple, plus important que ce qu’il est aujourd’hui dans notre société. La société de l’époque mettait beaucoup d’accent sur la famille et la communauté. Aujourd’hui, on dit que l’on a réussi dans la vie si l’on a réalisé notre rêve personnel, si l’on est heureux. Par exemple : j’ai un bon travail, j’ai un bon compte épargne pour ma retraite et j’ai fondé une famille, je peux dire que j’ai réussi dans la vie.

Dans la culture de l’époque de Jésus, on disait que l’on avait réussi dans la vie quand on arrivait à pourvoir aux besoins de sa famille et quand on avait une bonne réputation dans la communauté, c’est-à-dire le village. Quelqu’un pouvait dire qu’il avait réussi dans la vie s’il était un bon époux, une bonne épouse, un bon fils ou une bonne fille, un bon père ou une bonne mère. Le but du mariage n’était pas le bonheur de deux conjoints, le but du mariage était de fonder une famille pour la souder et pour contribuer à l’éducation de la génération suivante. C’était aussi lors du mariage que les deux époux devenaient adultes.

Dans notre société, on devient adulte à l’âge de 18 ans. Dans la culture de Jésus, on devenait adulte quand on se mariait. Ainsi, la fête qui célébrait le mariage était très importante, car elle était l’union des deux époux mais aussi le passage à l’état d’adulte. Tout le village devait être invité parce que cette alliance entre deux personnes était une union publique qui se faisait devant la société et cela concernait toute la communauté. En plus, la fête durait une semaine et l’on devait faire honneur aux invités. C’est pour cela que le texte mentionne une quantité impressionnante d’eau transformée en vin. Au verset 6, on apprend qu’il s’agit de 6 jarres de 100 litres chacune, soit 600 litres de vin. C’est l’équivalent de 800 bouteilles de vin ! (Car nos bouteilles font 75 cl). Vous imaginez la pression et le travail pour les mariés, la famille des mariés et pour l’organisateur de la fête ?

Si dans une telle fête, on manquait de vin, c’était une catastrophe, c’était aussi la honte pour les familles des mariés et pour l’organisateur du mariage. Quand Jésus intervient pour changer l’eau en vin, il demande aux serviteurs d’apporter le vin non pas aux mariés, mais à l’organisateur de la fête dont le rôle était de veiller à ce que tout se déroule bien et qu’il ne manque de rien.

Lorsque Jésus transforme l’eau en vin, il veut nous faire comprendre que c’est lui le véritable maître de la fête !

Jésus est venu sur terre pour s’humilier, pour mourir sur la croix et pour ressusciter. Mais tout cela c’est un moyen de parvenir à une fin : la fête dans le ciel. La Bible parle du banquet final. Le but ultime de la venue de Jésus sur terre, ce sont les nouveaux cieux et la nouvelle terre. C’est la fin de toute souffrance, c’est la joie parfaite. C’est cela que Jésus est venu apporter. Le premier signe de Jésus renvoie à ce festin qu’il y aura dans le ciel. Entre-temps il y aura des souffrances, il y aura des larmes, il y aura de l’injustice, mais en transformant de l’eau en vin, (en) Jésus nous fait savoir qu’il est le maître de la fête et il est venu pour nous inviter à sa fête céleste. Il me semble que c’est le message que Jésus veut nous communiquer par ce signe miraculeux. Mais ce récit nous apprend encore autre chose.

[2. Jésus devait passer par la mort et la résurrection]

Jésus est le maître de la fête, mais avant les festivités, il doit passer par la mort et la résurrection. Regardez bien le dialogue entre Marie et Jésus. Il paraît très énigmatique. Relisons les versets 3, 4 et 5 :

3 Comme le vin venait à manquer, la mère de Jésus lui dit: «Ils n’ont plus de vin.»
4 Jésus lui répondit : «Que me veux-tu, femme? Mon heure n’est pas encore venue.»
5 Sa mère dit aux serviteurs: «Faites tout ce qu’il vous dira.» 

Quel est le lien entre la remarque de Marie et la réponse de Jésus ?

Marie dit : ils n’ont plus de vin.
Et Jésus répond : «Que me veux-tu, femme? Mon heure n’est pas encore venue.»

Tout d’abord, il ne faut pas s’étonner que Jésus appelle sa mère « femme ». Pour nous, cela a l’air très méprisant. Imaginez que j’appelle mon épouse : « femme, viens ici ! » Cela serait choquant ! Mais à l’époque de Jésus, appeler sa mère « femme », c’était une marque de respect. C’était  comme si Jésus disait : « ma chère mère ». Il lui demande : « ma chère mère, que me veux-tu ? »

En fait, la question de Jésus est difficile à traduire. Littéralement, en grec ancien, ça donne : « quoi toi et moi ? » On peut aussi traduire : « qu’y a-t-il entre toi et moi ? » Ou bien : « toi, que me veux-tu ? » Ou bien : « en quoi cela nous concerne-t-il toi et moi ? » Ou encore : « pourquoi tu m’impliques moi dans cette affaire ? »

J’ai l’impression que Jésus essaie de faire comprendre à sa mère qu’il veut prendre ses distances. Elle est sa mère terrestre, biologique mais, lui, doit surtout obéir à Dieu, son père céleste. Elle lui suggère de faire quelque chose pour aider les mariés à cause du manque de vin. Mais lui, il est sur terre pour une mission plus grande que cela, une mission que Dieu lui a confiée. Ensuite, Jésus dit dans le même verset 4 : « mon heure n’est pas encore venue ».

Dans l’Évangile selon Jean, Jésus parle plusieurs fois de son heure. Il s’agit du moment où il va manifester pleinement sa gloire par sa mort et par sa résurrection. Jésus va bien faire quelque chose, il s’apprête à faire un miracle, mais il fait comprendre à Marie qu’il ne le fait pas avant tout pour les mariés, il le fait pour obéir à Dieu, pour signifier qu’il est le Seigneur d’une fête encore plus grande. Quand il précise que ce n’est pas son heure, il fait comprendre à sa mère qu’il va bien y avoir un miracle, mais ce n’est pas à ce moment-là qu’il va manifester pleinement sa gloire. Jésus lui dit en quelque sorte : oui tu vas voir un miracle, mais mon heure n’est pas encore venue. Cela signifie que tôt ou tard, Jésus va devoir souffrir pour que la fête puisse avoir lieu.

[3. Jésus nous invite à lui faire confiance pour participer à sa fête]

Regardons maintenant la suite du dialogue. Remarquez que Marie et les serviteurs ont dû écouter Jésus et lui faire confiance pour que le miracle puisse se réaliser. Verset 5 (et suivants) :

5 Sa mère dit aux serviteurs: «Faites tout ce qu’il vous dira.» 6 Or il y avait là six jarres de pierre, destinées aux purifications des Juifs et contenant chacune une centaine de litres.
7 Jésus leur dit: «Remplissez d’eau ces jarres.» Et ils les remplirent jusqu’au bord. 8 «Puisez maintenant, leur dit-il, et apportez-en à l’organisateur du repas.» Et ils lui en apportèrent.

Au verset 7, les serviteurs font exactement ce que Jésus demande. Il faut savoir que les jarres destinées à la purification étaient des objets saints. Elles servaient à effectuer des rites religieux. C’était pour se laver avant de faire des sacrifices. Ce rite symbolisait que pour pouvoir s’approcher de Dieu, il faut être pur. Ces jarres ne devaient donc pas servir à autre chose, c’étaient des objets saints.

Quand Jésus leur a demandé de s’en servir, les serviteurs auraient dû refuser, mais ils l’ont écouté. Ces jarres symbolisent l’ancienne alliance, l’Ancien Testament, la loi. Jésus les utilise pour y transformer l’eau en vin. Il nous fait comprendre que l’ancienne alliance est remplacée par la grâce, la fête. Et pour entrer dans cette fête, ce ne sont pas les rites qui comptent, mais la confiance en lui. Pour terminer, on peut juste résumer ce que ce récit nous apprend :

Premièrement, Jésus est le maître de la fête.
Deuxièmement, avant la fête, Jésus devait passer par la mort et la résurrection.
Et troisièmement : Jésus nous invite à lui faire confiance pour participer à sa fête.

Ces derniers temps, nous avons fêté Noël et le Nouvel An. Mais Jésus nous appelle à une fête encore plus grande. En attendant, nous subissons encore des épreuves, la maladie, la mort et l’injustice. Mais Jésus est venu pour nous inviter à une joie sans fin. Écoutons-le et faisons-lui confiance.

Christian Huy
(Sources : Rencontres avec Jésus de Timothy Keller)

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