Les fondements de notre foi (Actes 11.19-30)

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Étant plus jeune, on s’amusait à fixer des ballons sur le plafond ou sur les murs. Voici comment on s’y prenais, c’est très simple, vous devez certainement connaître l’astuce :

Il faut simplement frotter le ballon avec un bout de tissu ou sur son pull. Ainsi, nous produisons de l’électricité statique qui fait tenir le ballon contre la plupart des surfaces. Sans le phénomène électrostatique, le ballon n’adhère pas au mur. Mais avec la force électrostatique, le ballon adhère. Cette force ne se voit pas, mais son action change tout.  C’est exactement pareil entre nous et Dieu.

Sans la grâce de Dieu, sans l’action de son Esprit, nous lui serions réticents. Nous ne chercherions même pas à être en relation avec lui. Mais dans sa grâce, le Saint-Esprit nous fait nous approcher de Dieu. C’est comme le ballon qui peut adhérer à n’importe quoi grâce à la force électrostatique. L’action de Dieu, elle, nous permet de nous rapprocher de lui, et même d’être en communion avec lui.

La foi n’est pas une œuvre humaine. Le fondement de notre foi, ce n’est pas notre propre volonté. La foi naît en nous grâce à l’action de Dieu dans notre vie.

Je vous propose de lire l’un des nombreux textes de la Bible qui relatent comment la grâce de Dieu opère dans notre vie.

Livre des Actes des apôtres, chapitre 11, les versets 19 à 30.

19 Ceux qui avaient été dispersés lors de la persécution survenue après la mort d’Etienne allèrent jusqu’en Phénicie, dans l’île de Chypre et à Antioche; mais ils n’annonçaient la parole qu’aux Juifs.
20 Cependant, certains d’entre eux, qui étaient originaires de Chypre et de Cyrène, vinrent à Antioche et s’adressèrent [aussi] aux non-Juifs pour leur annoncer la bonne nouvelle du Seigneur Jésus.
21 La main du Seigneur était avec eux et un grand nombre de personnes crurent et se tournèrent vers le Seigneur.
22 La nouvelle en parvint aux oreilles des membres de l’Eglise de Jérusalem et ils envoyèrent Barnabas jusqu’à Antioche.
23 A son arrivée, lorsqu’il vit la grâce de Dieu, il en éprouva de la joie. Il les encourageait tous à rester attachés au Seigneur d’un coeur ferme,
24 car c’était un homme de bien, plein d’Esprit saint et de foi. Une foule assez nombreuse s’attacha au Seigneur.
25 Barnabas se rendit ensuite à Tarse pour aller chercher Saul.
26 Quand il l’eut trouvé, il l’amena à Antioche. Pendant toute une année, ils participèrent aux réunions de l’Eglise et ils enseignèrent beaucoup de personnes. C’est à Antioche que, pour la première fois, les disciples furent appelés chrétiens.
27 A cette époque-là, des prophètes descendirent de Jérusalem à Antioche.
28 L’un d’eux, du nom d’Agabus, se leva et annonça par l’Esprit qu’il y aurait une grande famine sur toute la terre. Elle arriva, en effet, sous l’empereur Claude.
29 Les disciples décidèrent d’envoyer, chacun selon ses moyens, un secours aux frères et soeurs qui habitaient la Judée.
30 C’est ce qu’ils firent en l’envoyant aux anciens par l’intermédiaire de Barnabas et de Saul.

[1. La grâce nous permet de nous tourner vers le Seigneur]

Les évènements décrits dans ce passage se déroulent à Antioche. Au premier siècle, Antioche était la troisième grande ville de l’empire romain, la capitale était Rome. Ensuite, la deuxième grande ville était Alexandrie, en Égypte, et en troisième position, c’était Antioche, qui se trouve au sud de la Turquie actuelle, près de la frontière syrienne. À l’échelle de la France, on peut comparer cette ville à Marseille, d’autant plus qu’il y avait un fort brassage de population et beaucoup d’activités marchandes. On y trouvait aussi toutes sortes de croyances et malheureusement beaucoup d’immoralité.

Quand les disciples Juifs ont commencé à être persécutés à Jérusalem à cause de leur foi en Jésus, ils ont fui dans tout l’empire romain et plusieurs se sont retrouvés à Antioche. Leur relation avec Jésus leur procurait tellement de joie qu’ils ont continué de témoigner du Christ aux autres Juifs d’Antioche. Ils proclamaient que Jésus était le messie annoncé par les prophètes Juifs, celui qui ouvre le chemin vers Dieu et offre la vie éternelle. Ces disciples étaient tellement enthousiastes à l’idée de partager cette Bonne Nouvelle qu’ils se sont mis à annoncer cette nouvelle aussi aux non-Juifs, aux païens. Cette ouverture de l’Évangile aux païens était totalement novatrice. Avant eux, seul l’apôtre Pierre l’avait fait.

Voici ce que nous pouvons lire à propos de l’entreprise des disciples Juifs à Antioche (v. 21) : « La main du Seigneur était avec eux et un grand nombre de personnes crurent et se tournèrent vers le Seigneur. ».

Il est intéressant de remarquer comment cette phrase est tournée. « La main du Seigneur était avec eux ». « La main du Seigneur », c’est une expression que l’on trouve dans l’Ancien Testament pour désigner l’action de l’Eternel.

Et la deuxième partie de la phrase : « Et un grand nombre de personnes crurent et se tournèrent vers le Seigneur ». Ici, le Seigneur désigne Jésus, comme l’indique le verset précédent : « Cependant, certains d’entre eux, qui étaient originaires de Chypre et de Cyrène, vinrent à Antioche et s’adressèrent [aussi] aux non-Juifs pour leur annoncer la bonne nouvelle du Seigneur Jésus. »

Le verset 21 est l’un des nombreux versets de la Bible qui soutiennent la divinité du Christ. Le même mot- Seigneur – désigne Dieu et Jésus.

Mais ce qui est plus marquant dans ce verset, c’est l’action de Dieu qui attire de nombreuses personnes à lui : « La main du Seigneur était avec eux et un grand nombre de personnes crurent et se tournèrent vers le Seigneur. »

La foi n’est pas une œuvre humaine, c’est un cadeau, une grâce. Cette grâce est offerte à des païens. C’est tellement révolutionnaire que la nouvelle parvient rapidement à l’Église de Jérusalem qui envoie Barnabas pour entourer ces nouveaux disciples.

Voici comment réagit Barnabas à son arrivée à Antioche (v. 23) : « A son arrivée, lorsqu’il vit la grâce de Dieu, il en éprouva de la joie. »

Une fois de plus, c’est la grâce de Dieu qui est mise en avant. C’est par grâce que la foi naît dans notre cœur. Mais cette grâce ne nous dispense pas de travailler à rester attaché au Seigneur.

[2. La grâce ne nous dispense pas de travailler à rester attaché au Seigneur]

Très vite, Barnabas prend conscience du rôle qu’il a à jouer. Tout disciple a besoin d’être enseigné et encouragé, surtout au début de sa relation avec Dieu. Tout disciple a aussi besoin de vivre sa foi avec d’autres chrétiens, c’est-à-dire en Église. Ce n’est pas pour rien que l’Église de Jérusalem a envoyé Barnabas, celui-ci avait un don d’encouragement, d’accompagnement et d’enseignement.

Pour soutenir les nouveaux disciples dans leur foi, il va chercher Saul. Une fois réunis, les deux collaborateurs passent une année entière à participer aux réunions de l’Église et à enseigner de nombreuses personnes. La grâce de Dieu suscite en nous la foi, mais cette grâce ne nous dispense pas de travailler à rester attaché au Seigneur. Ce qui permet à un disciple de rester attaché à Jésus, c’est l’enseignement des Écritures. Le lieu principal où cet enseignement est donné, c’est l’Église en tant que communauté. C’est en communauté que nous marchons ensemble dans la foi. C’est en communauté que nous pouvons nous encourager et nous soutenir spirituellement.

Se passer d’une communauté, c’est refuser ce que Dieu nous donne pour progresser dans la foi et c’est aussi priver les autres de notre soutien et de nos dons. Attention ! Marcher en communauté ne veut pas dire être communautaire. L’Église n’est pas une forme de communautarisme, mais c’est un lieu de communion. Communion avec Dieu et communion les uns envers les autres.

Je trouve les réflexes de Barnabas très intéressants et nous devrions nous en inspirer. Il voit des nouveaux chrétiens et il sait que la première chose à faire est de les enseigner. Mais il ne le fait pas seul. Il va chercher Saul.

À votre avis, pourquoi va-t-il le chercher ?

Parce que la tâche est grande et il a besoin d’un collaborateur. Mais le reste du livre des Actes nous montre aussi que Barnabas avait très certainement une autre idée en tête. Il voulait que Saul mette la main à la pâte afin qu’il continue cette œuvre d’enseignement par la suite. Barnabas a en quelque sorte propulsé le ministère de Saul qui deviendra plus tard le grand apôtre Paul. Et Paul fera de même avec d’autres comme Tite et Timothée. Il les a pris sous son aile pour travailler avec eux et pour les former afin qu’il puisse à leur tour passer le relais.

Voici ce que l’apôtre Paul demandera à Timothée à la fin de sa vie : « Ce que tu as entendu de moi en présence de nombreux témoins, confie-le à des personnes fidèles qui soient capables de l’enseigner aussi à d’autres. » Il ne s’agit pas simplement de transmettre un enseignement, il faut aussi que les personnes enseignées puissent à leur tour enseigner les suivants. C’est ainsi que Dieu souhaite que l’enseignement biblique perdure. Il me semble que c’est ce que nous sommes appelés à faire dans nos Églises. Pas seulement enseigner, mais enseigner à enseigner.  « Ce que tu as entendu de moi en présence de nombreux témoins, confie-le [… à qui ?] à des personnes fidèles qui soient capables de l’enseigner aussi à d’autres. » (2 Ti 2.2)

Il est vrai qu’aujourd’hui, en France, nous avons des Instituts et des facultés pour former, mais cela ne doit pas être une excuse pour nous défiler. De plus, ces Instituts ne peuvent construire que sur la base de ce que les Églises apportent. Par ailleurs, chaque année, les Instituts de théologie en France sont attristés de voir le peu d’apprentis que les Églises leur envoient. Dans le Nouveau Testament, les responsables d’Églises sont appelés à discerner les personnes fidèles et à leur proposer de les former en vue de la prédication de l’Évangile. C’est ce que Barnabas a fait avec Saul, il a joué un rôle non-négligeable dans ce que Saul va devenir par la suite.

Souvent, nous avons l’impression que dès sa conversion, Saul est devenu un super apôtre, du jour au lendemain. Mais si nous lisons les témoignages de Saul dans ses différentes lettres, il raconte qu’il a mis 14 ans avant de commencer à effectuer son travail de missionnaire. Quand Barnabas va chercher Saul à Tarse, 10 ans se sont écoulés depuis sa conversion. Saul n’était alors qu’un disciple comme les autres, inconnu en dehors des quelques villes où il a exercé. Il avait beaucoup de zèle, mais ce n’était pas encore le grand apôtre enseignant.

Revenons à la grâce de Dieu.

[3. La grâce nous incite à la générosité]

À la fin du récit, les chrétiens d’Antioche sont informés qu’une famine aura lieu et elle arrive effectivement sous le règne de l’empereur Claude. L’Église d’Antioche décide d’envoyer un don pour aider les chrétiens de Judée. Chaque membre contribue selon ses moyens. Là encore nous pouvons relever quelque chose d’intéressant concernant l’entraide communautaire.

Il n’est pas dit que ceux qui avaient de l’argent donnaient quelque chose et ceux qui avaient moins d’argent ne donnaient rien. Verset 29 : « chacun a donné selon ses moyens. »

Manifestement, tous ont participé. La grâce de Dieu nous incite à la générosité. Si nous comptons tout ce que Dieu nous donne jour après jour, pouvons-nous dire que nous le méritons ? Dieu nous fait grâce indépendamment de nos mérites. Sa générosité devrait nous inciter à faire preuve de générosité à notre tour. Si Dieu nous fait grâce indépendamment de nos mérites, qui sommes-nous pour manquer de générosité ?

J’irai même plus loin : si Dieu nous fait grâce indépendamment de nos mérites, qui sommes-nous pour manquer de générosité même envers ceux dont on pense qu’ils ne le méritent pas ?

La grâce de Dieu est le fondement de notre foi dans le sens où tout nous vient de lui. Cette grâce ne nous dispense pas de faire des efforts pour rester attachés au Seigneur. Jésus a dit lui-même qu’il construit son Église afin que nous puissions nous édifier les uns les autres. L’Église est aussi un lieu d’entraide où nous devrions faire preuve de grâce les uns envers les autres.

Que la main du Seigneur continue d’œuvrer dans notre vie et dans notre Église, et que beaucoup d’autres personnes puissent se tourner vers lui par sa grâce !

Christian Huy

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