L’humilité

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Prédicatrice : Marie-Eve BOSIGER

Date : dimanche 1er septembre 2019
Référence : Philippiens 2 : 1 - 11 (lecture "Français Courant")

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Introduction

« Si tu me demandes les règles de la religion chrétienne, je te répondrai que la première, la seconde et la troisième c’est l’humilité » disait Saint-Augustin.

Calvin qui était un de ses plus grands lecteurs reprend et commente cette phrase dans un ouvrage tellement fondamental qu’il lui a donné le titre d’Institution de la Religion Chrétienne. Il écrit : « C’est ainsi que plus votre faiblesse est grande, mieux vous serez accueilli de Dieu. »

Dans un livre de la Bible des catholiques et orthodoxes (Siracide, qui est placé parmi la littérature de la sagesse, comme Job, Proverbes, Ecclésiaste), on peut lire : « Plus tu es grand, plus il faut t’humilier, et devant le Seigneur tu trouveras grâce. Car grande est la puissance du Seigneur et il est glorifié par les humbles. »

Dans les Proverbes de notre Bible protestante : « Dieu résiste aux orgueilleux mais il fait grâce aux humbles ». Et l’apôtre Pierre reprend cette citation pour encourager les premiers chrétiens à se revêtir d’humilité dans leurs rapports les uns aux autres. (1 Pi 5,5)

L’humilité

L’humilité est une attitude fondamentale dans la vie chrétienne. Qui est chrétien (disciple du Christ) est humble, qui n’est pas humble n’est pas chrétien.

Beaucoup de paroles de Jésus expriment l’humilité sans la nommer directement, comme quand il parle de la nécessité de s’abaisser, ou qu’il fait la promesse du bonheur à ceux qui sont humbles. Certains lecteurs des évangiles relient les trois premières béatitudes du sermon sur la montagne (les pauvres en esprit, ceux qui pleurent, les doux) et les résument en une seule « heureux les humbles ».

Plusieurs gestes de Jésus illustrent clairement l’humilité sans non plus avoir besoin de la nommer. Par exemple, quand il lave les pieds de ses disciples, ou quand il se laisse arrêter sans se défendre, quand il ne répond rien aux multiples moqueries, quand il porte sa croix devant tous et qu’il meurt dessus sans se sauver lui-même (tel que lui suggère son voisin). Jésus nous montre même une attitude humble dans la prière, quand il renonce à suivre sa propre volonté et qu’il se soumet à celle du Père.

Un mot rare

Jésus incarne l’humilité…mais il utilise rarement le mot. En fait, il l’utilise une seule fois : Matthieu 11 : 29 « Venez à moi vous tous qui êtes fatigués de porter un lourd fardeau et je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et laissez-moi vous instruire, car je suis doux et humble de cœur… » Dans tout son enseignement, le mot sort une seule fois, pourtant c’est la valeur principale qu’il veut nous transmettre.

Cela nous montre que c’est clairement un apprentissage pratique plutôt que théorique que Jésus nous propose. On ne peut pas faire de grands discours sur ce qu’est l’humilité, on peut seulement la vivre. On ne peut pas l’enseigner avec des mots qui décriraient une méthode, on peut seulement en être un exemple et par une attitude montrer l’existence d’un autre chemin que celui si vite tracé par la nature humaine égoïste et orgueilleuse. C’est ce que fait Jésus.

Être amoureux ?

Il y de fortes chances que nous ayons tous été un jour amoureux dans notre vie. Encore qu’il faudrait se mettre d’accord sur ce que ça veut dire d’être amoureux ! On n’a pas forcément tous la même définition. On peut difficilement faire de grands discours sur ce que c’est que d’être amoureux ! Ça se vit, ça ne se décrit pas ! Il n’y a pas de théorie là-dessus. Pourtant, il y a des personnes qui luttent pour découvrir ce que c’est, qui essaient par tous les moyens de tomber amoureux, ou de susciter le sentiment amoureux chez l’autre mais ce n’est pas une question de mise en pratique d’une théorie.

Alors qu’est-ce que c’est ? C’est une rencontre, un jour, dans certaines circonstances qu’on ne maîtrise absolument pas… Et si je vous demandais de nous raconter ce matin comment vous êtes un jour tombé amoureux, nous aurions autant de récits que de personnes présentes. Chacun le raconte à sa façon, avec ses mots, selon son vécu, et cela peut sembler très différent d’une personne à l’autre, même au sein d’un couple !

Parler du sentiment amoureux, c’est raconter notre rencontre avec la personne aimée. Parler d’humilité, c’est raconter notre rencontre avec Jésus.

Le paradoxe

Je ne peux pas vous parler d’humilité comme si je m’y connaissais, ce serait manquer d’humilité. Mais je peux vous dire que Jésus est venu me rencontrer et que cela m’a ouvert les yeux sur qui j’étais… – voilà un début de témoignage intéressant.

L’humilité est quelque chose qui touche profondément l’autre, et dont on ne peut pas se vanter soi-même parce que ça nous dépasse complètement. Quand on rencontre Jésus personnellement, on est comme atteint d’humilité, de l’humilité contagieuse de Jésus (pourquoi n’y aurait-il que les maladies qui soient contagieuses !). C’est ce qui se voit quand on nous rencontre, c’est ce dont nous sommes revêtus dans nos relations les uns aux autres, à Dieu. C’est la première chose de nous que l’on voit quand on nous rencontre.

Et le dictionnaire ?

Voyons la définition qu’en fait le dictionnaire : « L’humilité c’est la reconnaissance de ses limites et de ses capacités en faisant preuve de modestie. On la considère comme une qualité en opposition à l’orgueil. »

  • C’est une attitude qui ne se définit qu’à partir de l’orgueil, on ne peut pas dire exactement ce que c’est mais ce qu’on peut dire c’est que c’est tout l’inverse de l’orgueil.
  • Plutôt que de rechercher ce qu’est une attitude humble et faire tous les efforts pour y parvenir, il nous faut laisser Jésus nous ouvrir les yeux sur nos attitudes orgueilleuses et changer de mentalité et de comportement. L’humilité se découvre dans la lutte contre notre tendance humaine à vouloir dominer, maîtriser, savoir, avoir raison, défendre son droit de faire ceci, cela…

Malgré la difficulté de la tâche, l’apôtre Paul se risque à une description de cette attitude en présentant ce que Jésus-Christ a vécu. Parmi les textes les plus anciens du NT, il y a cet hymne à la gloire du Christ, à la gloire de Dieu qui s’est manifestée dans la vie et la mort du Christ.

Quelques points à relever

Il y a 6 étapes : 3 étapes d’abaissement, 3 étapes d’exaltation. C’est un double mouvement : de haut en bas puis de bas en haut.

  • « Il n’a pas voulu demeurer de force l’égal de Dieu ».
    « égal de Dieu » contrairement à deux tentatives de l’humanité d’accéder à la puissance de Dieu racontées dans l’AT :
    • Celle d’Adam et Eve qui voulaient se faire « comme dieux »

cf. Gn 3,5 quand le serpent contredit ce que Dieu a dit à Adam et Eve comme quoi ils mourraient s’ils mangeaient du fruit de l’arbre au milieu du jardin, « vous ne mourrez pas ! Dieu le sait : le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux qui connaissent ce qui est bon ou mauvais. »

    • Celle des bâtisseurs de la tour de Babel qui voulaient accéder au ciel (cf. Genèse 11
  • Nous devons lutter contre l’illusion de savoir ce qui est bien ou mal, juste ou injuste, utile ou inutile, etc.
  • Et même contre le désir de cela. Des fois, on se dit que ça serait tellement plus simple si on savait ce qui est bien et ce qui est mal, il suffirait d’appliquer notre savoir…
  • Se laisser éclairer par la parole de Dieu, dans la prière seul et en groupe
  • Oser une redéfinition de nos repères pour évaluer les choses et voir la vie, nos choix à faire, nos décisions prises à travers la parole de Dieu
  • « Il a de lui-même renoncé à tout ce qu’il avait »…et même tout ce qu’il voulait

Comment ne pas penser au jeune homme riche qui avait respecté la loi à la lettre, mais qui repart tout triste quand Jésus lui dit d’aller vendre tous ses biens, de donner l’argent aux pauvres et de le suivre…

  • Nous devons lutter contre des idées telles que « j’existe parce que je possède des choses », « j’ai réussi parce que j’ai une situation stable », « je suis en sécurité parce que j’ai un confort matériel », « je suis heureux parce que je peux remplir ma vie, mon temps, mes placards de tout un tas de choses »
  • Et même contre le désir de cela, là aussi.
  • Oser une redéfinition de ce qu’est la sécurité, la satisfaction, la réussite
  • « Il a pris la condition de serviteur »

Jésus n’a pas eu honte de servir ses disciples en leur lavant les pieds…au contraire il leur a montré un exemple et leur a dit des faire pareil aux autres…

  • Nous devons lutter contre la soif de dominer, mais aussi la soif de reconnaissance (très marquée dans notre société)
  • Oser croire que la seule place qui compte vraiment est celle que Dieu nous offre à nous comme à chacune des créatures qu’il a la joie de voir se tourner vers lui : être son enfant, d’une grande valeur, égale pour tous…Rien d’autre n’est nécessaire.

Quand on connaît Jésus, on se comporte comme lui. Sans trop réfléchir ni essayer de lui ressembler. Être dans sa présence a un impact sur nous, et si ce n’est pas le cas, c’est que nous ne nous mettons pas souvent dans sa présence. Son exemple nous touche, nous influence, plus on vit proche de lui, plus on finit par lui ressembler et à ressentir ce qu’il ressent.

Dimanche dernier, Stéphane nous parlait du contentement exemplaire de Paul, en toute circonstance : dans l’abondance comme dans le manque. Et il a dit que c’était un apprentissage, celui qui nous apprend cela c’est Jésus. Là où nous aurions eu honte, Jésus a été humble. Les situations de faiblesse nous font honte, mais Jésus, lui, assume complètement les siennes parce qu’elles permettent la révélation de la puissance de Dieu.

Conclusion, exhortation finale

Passons plus de temps avec Jésus, dans la lecture de la Bible et la prière, afin qu’il fasse son œuvre de transformation en nous :

  • Que tout ce qui nous fait honte soit transformé en humilité devant Dieu, devant les autres.
  • Et que tout ce qui nous rend humbles soit un exemple pour notre entourage des merveilles que Dieu accomplit chaque jour.

Amen.

 

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