Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort

Prédicatrice : Yanna VAN DE POLL

Date : dimanche 15 septembre 2019
Références : Juges 6.1-24, et 2 Corinthiens 12.9-10

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Un héro hésitant

L’heure est à la rentrée. Terminé les vacances, terminé les voyages, ou les séjours dans les Cévennes ou encore plus loin, au-delà de

nos frontières.

L’heure est à la rentrée. Mais la question que je me pose ce matin c’est : comment allons-nous nous projeter dans l’avenir ?

Est-ce que l’avenir est sombre pour nous ? Est-ce nous avons peur de l’avenir ? Peur des maladies ? Peur de perdre le travail ? Peur des catastrophes naturelles dû au réchauffement climatique ?
Peur de tout ce qui se passe dans notre monde, le terrorisme, les violences, la perte de valeurs chrétiennes ? Comment allons-nous nous projeter dans l’avenir au début de cette nouvelle saison ?

Pour trouver une réponse à cette question, je vous propose de réfléchir ensemble à l’histoire d’un homme qu’on pourrait appeler un héro hésitant : Gédéon. En fait, c’est un héro très hésitant. L’histoire de cet homme se passe dans une période très sombre pour le peuple d’Israël. Moïse est mort et enterré, Josué est parti aussi.

Le peuple n’avait plus de chef et chacun faisait ce qui lui semblait bon.

Très vite, le peuple s’est détourné de Dieu pour suivre d’autres dieux. Ils ont carrément abandonné leur Dieu qui les a fait sortir de la captivité en Egypte. Mais chaque fois qu’ils oubliaient Dieu, Dieu les livrait entre les mains des ennemis, souvent des nations voisines. Et chaque fois qu’Israël criait à Dieu, comme dans le beau psaume que Thierry a lu tout à l’heure, Dieu répond, car Il est un Dieu fidèle. Il n’a pas abandonné son peuple.  Chaque fois quand son peuple criait à Lui, Il leur envoie quelqu’un pour les délivrer de la main de l’oppresseur. Mais, hélas, dès que ce libérateur est mort, la moralité du peuple se relâche. Ils retombent vite dans leurs mauvaises habitudes. Cependant, pas de question pour Dieu de laisser tomber son peuple, à condition qu’il y ait des fidèles qui ne baissent pas les bras.

Lisons cette histoire qui peut nous encourager ce matin pour nous projeter avec confiance dans l’avenir.  Cette histoire se trouve en Juges 6.1-24, et j’ajoute encore 2 Corinthiens 12.9-10.

Les Madianites

Le peuple d’Israël a oublié l’Eternel et ses commandements. Pour ramener son peuple à Lui, « L’Eternel les livra entre les mains de Madian. La main de Madian fut puissante contre Israël » (6 vs 1-2).

D’abord un mot sur les Madianites. Qui sont-ils ?

D’après la Bible, Madian ou Midian est un des fils d’Abraham de sa deuxième femme Keturah. Ses descendants, les Madianites, se seraient installés à l’est du Jourdain entre la mer morte et jusqu’à la péninsule du Sinaï au sud. Moïse y fut accueilli par le prêtre de cette tribu, Jethro, après avoir fui l’Egypte. Il y épouse Tsiporah, l’une des filles de Jethro. C’est au cours de cette période du récit que Dieu se révèle à Moïse dans l’épisode du buisson ardent et l’envoie vers son peuple en Egypte pour le délivrer de l’esclavage.

La vengeance exercée par Moïse contre les Madianites, dont les femmes avaient séduit les enfants d’Israël et fait adopter le culte des idoles, fait l’objet du chapitre 31 du livre des Nombres.

Dans notre histoire, les Madianites opprimaient durement Israël. Chaque fois que les Israélites avaient ensemencé leurs champs, les Madianites venaient les attaquer, avec les Amalécites et des nomades de l’Orient. Ils campaient sur leurs terres et détruisaient les produits du sol jusqu’à proximité de Gaza. Ils ne laissaient rien à manger aux Israélites, ils ne leur laissaient ni moutons, ni bœufs, ni ânes. En effet, les Madianites ne semblent pas occuper le pays en permanence, mais ils venaient chaque année à la période des moissons. Ils se déplaçaient avec leurs troupeaux et leurs tentes, ils arrivaient en masse comme les sauterelles. Ils étaient si nombreux, eux et leurs chameaux, qu’on ne pouvait pas les compter. Ils envahissaient le pays et le dévastaient. Pour leur échapper, les Israélites utilisèrent les cavernes et les endroits escarpés dans les montagnes.

Gédéon est l’un de ceux qui travaillait clandestinement. Il bat du blé dans un pressoir taillé dans le roc, bien caché, à l’abri des pillards qui dévastaient la contrée.

Curieusement, Gédéon battait son froment dans un pressoir « pour le mettre à l’abri de Madian » (vs11). Le pressoir est l’endroit où on presse le raisin pour en faire du vin. Il y a un endroit spécifique pour battre le froment, c’est une surface aménagée dans ce but. Mais Gédéon voulait préserver sa nourriture et il ne voulait pas que l’ennemi vienne la lui ravir

Il a agi intelligemment pour déjouer les pièges de l’ennemi. Gédéon, le héro de notre histoire. Et pourtant, un héro hésitant. Pourquoi ?

Vaillant guerrier

Dans sa cachette Gédéon faisait son travail et tout d’un coup un ange de Dieu s’assoit sous un arbre et le salue en ces termes : « Le Seigneur est avec toi, vaillant guerrier… ».

Gédéon était stupéfait. Si j’étais lui, je serais stupéfaite aussi. En plus, l’ange l’appelle vaillant guerrier ! Lui ? Vaillant guerrier ? Comment ça ? Lui il se cache, lui qui déjoue l’ennemi, lui un vaillant guerrier ?

Gédéon pensait tout à fait le contraire. Il avait même des doutes concernant l’existence de Dieu : où est Dieu ? Où est notre libération ?  Ecoute ce qu’il répond à l’ange : « où sont tous ces prodiges que nos pères nous racontent ? L’Eternel ne nous a-t-Il pas fait monter hors d’Egypte ? » (vs 13).

Peut-être que nous aurions réagi comme Gédéon. Dans son cœur, il garde le récit de ses pères comment Dieu les a libérés d’Egypte. Mais en réalité, il ne voyait pas l’intervention de Dieu, rien de changeait. Dieu n’était nulle part, comme s’Il n’existe plus. Les Madianites continuaient à semer la terreur. Le peuple vivait dans la peur et dans l’angoisse.

Cela peut nous arriver aussi. Parfois on peut se demander aussi : mais où est Dieu dans mes circonstances ? Il m’a aidé dans le passé, mais maintenant, où est-Il ?

Je prie chaque jour, mais rien ne change.

Pas étonnant que le peuple d’Israël s’est tourné vers d’autres dieux. C’est pourquoi Dieu s’est caché la face. Mais il y avait quand même des gens c qui commençaient à prendre conscience de cette situation et qui faisaient appel à Dieu. Ils crièrent vers Dieu dit la Parole. Pourtant, il leur semblait que Dieu ne les écoutait plus.

Entre parenthèse.

Est-ce que Gédéon était amer en posant cette question ? Qu’en pensez-vous ?

Personnellement, je ne pense pas que c’était la nostalgie des temps passés, car Dieu voit le cœur et la réaction de Gédéon ne suscitait aucun reproche de la part de Dieu. Au contraire, sans tenir compte de la remarque de Gédéon, l’ange poursuit : « va avec la force que tu as, tu sauveras Israël de la main de Madian, n’est-ce pas moi qui t’envoie ? » (vs 14).

Va avec cette force que tu as

Vu la réaction de Dieu, je pense que Gédéon avait une foi profonde, un désir sincère de voir l’intervention de Dieu dans le présent, comme ses pères l’ont vu agir dans le passé. Dans son cœur il y avait apparemment une grande soif de voir Dieu libérer son peuple, certes amplifiée par les souffrances qu’il endurait.

Ce qui est sûr, c’est que Dieu voit ce qui est dans notre cœur, Il nous connaît parfaitement. Les apparences trompent toujours. Pour nous c’est la même chose. Qu’est-ce que Dieu voit en nous ? Est-ce qu’Il voit en nous un désir brûlant de contempler encore aujourd’hui son intervention dans notre entourage, dans notre société afin que Son Nom seul soit glorifié parmi nous ? Est-ce que nous avons envie de le voir intervenir dans notre église, ici à Nîmes ? Avons-nous soif de voir Dieu à l’œuvre parmi nous cette année qui s’ouvre à nous ? Comme Gédéon ?

Voici les paroles encourageantes de la part de Dieu envers un jeune homme perdu dans l’anonymat d’un peuple qui étaient en grandes difficultés. C’était plus que des paroles d’encouragements. C’est une réalité que Dieu voulait faire découvrir à ce jeune homme.

Il dit à Gédéon : « Va avec cette force que tu as ». Je pense qu’au-delà de cette parole, Dieu s’adresse à nous aussi : Va avec cette force que tu as. Au début de la nouvelle saison, c’est une belle parole.

Mais au juste, avec quelle force Dieu nous envoie ?

La force que Dieu voit en Gédéon c’est son humilité devant Lui. Ecoute ce que Gédéon proclame avec sincérité devant Dieu : « Voici ma famille est la plus pauvre en Manassé, et je suis le plus petit dans la maison de mon père » (vs 15).

Que pouvons-nous attendre d’un jeune homme, le plus petit de la famille, la plus pauvre du pays ? Humainement parlant : rien.

Que pouvons-nous attendre d’une toute petite église, d’une toute petite communauté assez pauvre de notre pays ? Humainement parlant : rien.

Et pourtant, l’humilité sincère est vraiment une force devant Dieu car « Dieu fait grâce aux humbles et Il résiste aux orgueilleux » (1 Pi 5.5). Dieu accorde sa force au croyant qui est humble et qui se sent petit à ses yeux, sinon le croyant pourrait se glorifier de ses actions alors que toute la gloire appartient à Dieu.

C’est ce qu’expérimente l’apôtre Paul dans ses combats incessants quand il déclare « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Cor 12.10).

Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. On pourrait le répéter souvent quand on se sent petit et faible face aux difficultés, face aux soucis personnels, face à l’inconnu. Mais c’est justement dans de telles conditions que le Seigneur nous adresse sa parole :

« Va avec cette force que tu as ».

Va avec cette force que tu as, c’est confier sa vie et son avenir à Dieu. C’est de ne pas compter sur ses compétences ou ses expériences, mais seulement sur Dieu. C’est de ne pas avoir peur de l’avenir, mais de se remettre à Dieu, avoir confiance en Dieu, c’est de croire que, aujourd’hui, demain et après-demain, Dieu nous donnera la force d’effectuer ce qu’Il nous demande.

Le Seigneur des armées nous envoie

Après l’encouragement, Dieu dit à Gédéon : il faut que tu partes : « n’est-ce pas moi qui t’envoie ? ». Celui qui envoie Gédéon est le Dieu de ses pères Abraham, Isaac et Jacob. C’est aussi le Dieu de Jésus-Christ, celui qui est devenu semblable à nous. Il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort. C’est Lui qui nous dit la même chose aujourd’hui : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20.21).

Le Seigneur nous envoie. Ce qui est surprenant, c’est que notre situation est comparable à celle de Gédéon. Notre pays est dominé, pas par une nation étrangère, mais par les forces des ténèbres. Dans cette situation, le Seigneur Lui-même nous envoie : n’est-ce pas Moi qui t’envoie ? Et pour encourager Gédéon, Dieu ajoute : « Je serai avec toi » (vs 16). Ces paroles nous sont familiers n’est-ce pas ? Car Jésus nous encourage de la même manière : « Je serai avec vous, tous les jours jusqu’à la fin du monde » Mt 28.20). Dieu est avec nous.

Donne-moi un signe

Même si l’appel semble être clair et net pour Gédéon, il hésite, car il se sentait tellement faible : « Ah, mon Seigneur, avec quoi sauverai-je Israël » (vs 15).

Avant de s’engager, Gédéon demande un signe à l’Eternel pour qu’il soit sûr que c’est Dieu qui lui parle : « Donne-moi un signe que c’est toi qui me parles » (vs 17).

Et le Seigneur lui accorde ce signe.

Gédéon va préparer un chevreau et il le faire cuire. Ça demande quand même quelques heures, mais l’Eternel a patiemment attendu cette offrande. Combien Dieu est patient.

Il laisse Gédéon travailler à son rythme, Il lui donne tout le temps qu’il lui faut pour préparer cette offrande. Il lui donne le temps et les moyens pour répondre à son appel, pour accepter sa mission. Quel amour. Cela m’encourage. Dieu nous appelle et Il nous envoie aussi, et malgré nos hésitations, malgré nos interrogations, Il ne retire pas son appel, Il nous attend patiemment jusqu’à ce que nous soyons prêts. Car le Seigneur est plein de bonté, plein de bienveillance.

Dieu choisit les faibles selon le monde

Ce qui est encourageant dans cette histoire, c’est que Dieu choisit les faibles selon le monde pour montrer sa puissance. L’apôtre Paul, l’a expérimenté lui-même quand il écrit aux Corinthiens : « Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages ; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes » (1 Corinthiens 1 : 27). L’apôtre Paul, lui le grand apôtre, il se sentait tellement faible et impuissant.

D’ailleurs, tout au long de l’histoire du peuple d’Israël, on découvre que Dieu a choisi des gens faibles selon ce monde pour le servir. Pensons à David, le plus jeune de la famille et le plus faible. Il se décrit lui-même comme quelqu’un de malheureux et de pauvre, comme un homme qui n’a plus de force (Ps 88.5).

Pensons à la femme Samaritaine, une femme rejetée par son peuple, qui devenait une évangéliste puissante auprès de son peuple.

Pensons à Jésus Lui-même. Il se montrait faible en mourant à la croix : « Il a sauvé les autres, et Il ne peut se sauver lui-même » (Mt 27.42). La croix était un spectacle embarrassant.

Mais à la croix Dieu a confondu les sages du monde, comme l’a écrit l’apôtre Paul : « La croix est une folie pour le monde, mais elle est la puissance de Dieu » (1 Cor 1.18).

Cette vérité n’a pas changé. Les vrais serviteurs de Dieu sont tous des gens faibles.

Parmi tant d’exemples, je vous donne un exemple de William Cary. Il était un modeste et humble cordonnier en Angleterre. Puis, il est devenu un missionnaire en Inde au début du 19e siècle. C’est lui qui a inventé en quelque sorte la société missionnaire. Il est devenu le modèle pour la mission dans le monde entier jusqu’à nos jours. Dieu avait choisi William Cary, pas parce qu’il était un homme influent, mais il était faible selon le monde. Il a travaillé en Inde sans voir beaucoup de fruits. Il a étudié les langues de ce vaste pays, et il a écrit des grammaires et traduit la Bible dans plus de cinq langues indigènes. Il a lutté contre les injustices sociales. Mais il se sentait tellement faible, comme témoigne son épitaphe qu’il a lui-même écrit pour sa tombe : « Un misérable, un pauvre et impuissant ver de terre. Mais je m’abandonne dans les bras miséricordieux de Dieu ». Je m’abandonne dans les bras miséricordieux de Dieu, notre Père. Quelle confiance !

Laissons-nous encourager par les quelques exemples que je vous ai donnés. Notre petite église, nous, nous pouvons nous sentir très faible, mais c’est justement la condition par excellence pour notre Seigneur pour qu’Il puisse faire son œuvre parmi nous.

Dieu ne cherche pas des géants spirituels, mais plutôt des saints ordinaires qui ont une foi d’enfant, qui ont perdu toute confiance dans la chair.

Le Seigneur élèvera ceux qui ont le cœur brisé, ceux qui se sentent incapables, faibles et ceux qui sont abattus.

Conclusion

Est-ce que nous nous sentons concernés ?

Alors, Dieu nous a choisi pour réaliser son dessein à Nîmes.

Le monde peut nous mépriser, il peut se moquer de nous. Le monde peut dire : « Dieu n’est qu’une béquille pour ceux qui sont faibles et qui n’arrivent pas à faire face à la vie ». Mais le monde se trompe, il ne connaît pas notre Dieu. Le monde juge selon les apparences.

Mais nous savons que les batailles ne sont pas gagnées : « Ni par puissance ni par force, mais par l’Esprit du Seigneur » (Zacharie 4,6).

Alors, disons avec l’apôtre Paul : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort ».

Que le Seigneur bénisse sa parole