Va-t-il me répondre ? (Luc 18.1-8)

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Vous est-il déjà arrivé d’avoir des problèmes de connexion Internet ? Avez-vous déjà appelé le service client ? La dernière fois que j’ai dû les appeler, c’est lorsque notre box a « grillé » à cause de l’orage. Je ne sais pas si cela vous arrive aussi : lorsque j’essaie de joindre certains services téléphoniques, j’arrive difficilement à avoir quelqu’un au bout du fil.La plupart du temps, la première voix qui m’accueille est celle d’un répondeur qui me propose plusieurs options : « Appuyez sur la touche 1 si votre question concerne la facture, appuyez sur la touche 2 si votre question concerne votre contrat… » etc. Une fois passé cette étape, on nous fait patienter avec une musique qui tourne en boucle. Il n’est pas rare qu’au bout de 5 minutes, voir 10 minutes d’attente, je raccroche pour réessayer plus tard… Parfois, on pourrait s’imaginer (à tort), que la prière ressemble à ce genre d’appel téléphonique, surtout quand on a l’impression que Dieu n’entend pas notre prière. Dieu est-il facilement accessible ? Est-il toujours disposé à nous écouter ?

Lorsque vous priez, comment vous représentez-vous Dieu ? Vous arrive-t-il de le considérer comme un conseiller clientèle difficile à joindre ? Vous arrive-t-il de vous dire que Dieu est tellement occupé à gérer l’univers que vos petits problèmes ne l’intéressent pas ou qu’il vous met en attente ? Vous arrive-t-il de penser que Dieu va vous trouver égoïste si vous priez pour vos propres besoins ? Lorsque nous prions, savons-nous vraiment à qui nous avons affaire ?

Je vous propose de lire un texte qui nous parle de la manière dont Dieu reçoit nos prières : l’Évangile selon Luc, au chapitre 18, les versets 1 à 8. Nous verrons que Dieu n’est jamais trop occupé pour s’occuper de nous, au contraire, il prend plaisir à nous écouter et à nous bénir.  Dans ce récit, Jésus raconte une parabole à ses disciples. Une parabole est une histoire racontée pour illustrer un enseignement. Ici, Jésus enseigne sur la prière.

1 Jésus leur dit une parabole pour montrer qu’ils devaient toujours prier, sans se décourager.
2 Il dit: «Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et qui n’avait d’égards pour personne. 3 Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait lui dire: ‘Rends-moi justice contre ma partie adverse.’
4 Pendant longtemps il refusa. Mais ensuite il se dit: ‘Même si je ne crains pas Dieu et n’ai d’égards pour personne,
5 puisque cette veuve me fatigue, je vais lui rendre justice afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me déranger.’»
6 Le Seigneur ajouta: «Ecoutez ce que dit le juge injuste.
7 Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ceux qu’il a choisis et qui crient à lui jour et nuit alors qu’il est patient à leur égard ? 8 Je vous le dis, il leur fera rapidement justice. Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?»

Cette histoire met en scène un juge injuste et une veuve désespérée. Commençons par nous intéresser au juge.

[1. Le juge injuste]

À l’époque de Jésus (et même aujourd’hui encore), un juge est un homme de grand pouvoir, il possède une certaine autorité. Il est censé agir selon la loi et rendre justice. Dans l’Ancien Testament, Dieu demande aux juges de craindre l’Éternel. Voici par exemple les instructions que le roi Josaphat adresse aux juges israélites dans le livre des Chroniques (2 Chroniques 19.4-6) :

5 [Le roi Josaphat] établit des juges dans le pays, dans chacune des villes fortifiées de Juda, 6 et il dit aux juges: «Faites attention à votre manière d’agir, car ce n’est pas pour les hommes que vous prononcerez des jugements, c’est pour l’Eternel, et il sera près de vous quand vous rendrez votre verdict.
7 Maintenant, que la crainte de l’Eternel soit sur vous. Veillez sur vos actes, car il n’y a chez l’Eternel, notre Dieu, ni injustice, ni favoritisme, ni acceptation de pots-de-vin.»

Le juge de l’histoire de Jésus est totalement l’opposé de ce type de juge. Au verset 2, nous apprenons qu’il ne craignait pas Dieu. Il s’agit probablement d’un juge non-juif. Nous apprenons aussi qu’il n’avait d’égard pour personne. Autrement dit, il ne respectait personne. Il se moquait de ce que les autres pouvaient penser de lui. Sachant cela, nous aurions presque envie de dire à la veuve : « Ne perdez pas de temps avec cet homme », « il vous fera plus de mal que de bien ». Pourtant, elle a persisté…

Intéressons-nous justement à cette femme. Que savons-nous à son sujet ?

[2. La veuve désespérée]

Tout d’abord, cette femme est veuve. À l’époque, les femmes dans cette situation étaient souvent démunies et vulnérables. C’était en effet le mari qui subvenait aux besoins matériels de son épouse. Dans la Bible, quand il est question des veuves, elles sont mises dans la même catégorie sociale que les orphelins. Les veuves vivaient dans une certaine insécurité matérielle.

Dans la parabole, la veuve a été abusée, elle est manifestement victime d’une injustice. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle sollicite le juge, afin qu’il lui rende justice vis-à-vis de son adversaire. Nous apprenons que le juge refuse de lui rendre justice. Peut-être parce qu’il était corrompu, peut-être parce qu’elle n’était pas assez riche pour le soudoyer ou simplement parce qu’à ses yeux son affaire était sans importance. Quoiqu’il en soit, le juge méprise son cas. Cette situation dure longtemps (v. 4). On imagine que la veuve a dû survivre des semaines, des mois, ou même des années en se sentant écrasée, violée dans ses droits.

Parfois, nous pouvons ressentir cette même injustice peser sur nous, lorsque nos droits ne sont pas respectés, lorsque personne ne prend au sérieux nos difficultés ou même lorsque nous avons l’impression que Dieu ne fait rien pour nous.

Malgré cette situation pesante, la veuve a persévéré auprès de ce juge méchant. Elle n’avait aucune garantie qu’il allait lui venir en aide, mais elle a continué à faire appel à lui, jusqu’au jour où le juge dit : « Même si je ne crains pas Dieu et n’ai d’égards pour personne, puisque cette veuve me fatigue, je vais lui rendre justice afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me déranger. » (Versets 4 et 5) Quel enseignement faut-il tirer de cette parabole ?

[3. Dieu reçoit nos prières avec compassion]

Au verset 1, l’auteur nous signale que Jésus a raconté cette parabole pour nous enseigner qu’il faut toujours continuer à prier sans se décourager. La veuve est donc un exemple d’endurance : en persévérant, elle a obtenu une réponse.

Une mauvaise interprétation consisterait à comparer Dieu à ce juge méchant. Jésus ne raconte pas cette parabole pour nous dire que Dieu ne fait aucun cas de nos demandes et qu’il faudrait le harceler pour lui soutirer de l’aide. Ce n’est pas comme cela que Jésus nous invite à voir notre Père céleste. Jésus raconte cette parabole justement pour nous dire que notre situation est loin d’être semblable à celle de la veuve ! Effectivement, nous pouvons parfois nous reconnaître dans la situation de cette femme. Comme elle, nous pouvons parfois nous sentir désespérés, incompris, méprisés, découragés ou fatigués. Pour s’en sortir, la veuve a persévéré auprès d’un juge injuste et elle a obtenu justice.

Jésus veut nous faire comprendre que la situation d’un enfant de Dieu n’a rien à voir. Un enfant de Dieu est bien plus privilégié. Contrairement à la veuve, nous n’avons pas à faire à un juge injuste, mais à un juge bienveillant. Contrairement à la veuve, nous n’avons pas à faire à un juge qui se désintéresse de nous, mais à un Dieu qui désire prendre soin de nous. Dieu nous écoute attentivement. Chaque détail de notre vie l’intéresse. Il reçoit nos prières avec compassion. Jésus met en opposition le juge injuste et notre Père céleste. Relisez les versets 6 à 8 :

6 Le Seigneur ajouta: «Ecoutez ce que dit le juge injuste.
7 Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ceux qu’il a choisis et qui crient à lui jour et nuit alors qu’il est patient à leur égard ? 8 Je vous le dis, il leur fera rapidement justice. Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?»

Finalement, même si nous pouvons nous sentir comme la veuve, notre situation est bien meilleure. Nous ne sommes pas démunis, nous sommes les élus de Dieu. Jésus l’affirme au verset 7 : nous avons été choisis par Dieu ! Nous n’avons pas à supplier Dieu pour qu’il se préoccupe de nous, il nous aime infiniment et inconditionnellement. C’est justement parce que Dieu nous aime que nous sommes appelés à continuer à prier sans nous décourager. Nous n’avons aucune raison de baisser les bras puisque Dieu nous écoute attentivement.

[4. Les réponses de Dieu face à nos prières]

Nous pourrions nous demander alors : pourquoi Dieu ne répond-il pas aux prières que nous lui adressons depuis des mois ou des années ? Pourquoi n’a-t-il encore rien fait pour cet être cher ? Pourquoi n’a-t-il encore rien fait contre cette maladie ou cette situation éprouvante ?

Il faut savoir que face à une demande, trois réponses de Dieu sont possibles : premièrement, Dieu peut accéder à notre demande. Deuxièmement, Dieu peut refuser de répondre positivement à notre demande. Troisièmement, Dieu peut nous demander d’attendre avant de répondre à notre demande.

Dieu a une vue d’ensemble sur notre vie et il fait ce qu’il juge être le mieux selon son plan parfait. Parfois, au lieu de supprimer une souffrance, il va nous donner les forces pour la supporter. Parfois, au lieu de guérir un être cher, il décidera de le reprendre auprès de lui. Nous ne comprenons pas toujours le plan de Dieu, mais Jésus nous invite à croire qu’il est bon. Nous n’avons pas à faire à un juge injuste, mais à un Dieu infiniment bienveillant. Il nous dit que toutes choses concourent au bien de ceux qui l’aiment.

[5. La preuve que Dieu nous aime]

Au verset 7, un indice nous indique à quel point Dieu nous aime. Dans ce verset, il est question de patience. [1]

7 Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ceux qu’il a choisis et qui crient à lui jour et nuit alors qu’il est patient à leur égard ?

Ici, Jésus affirme que nous pouvons avoir confiance en Dieu, car il est patient à notre égard. Quel rapport y a-t-il entre sa patience envers nous et ses réponses à nos prières ? Le verbe utilisé pour dire que Dieu patiente est un verbe souvent utilisé pour dire qu’il retient sa colère. C’est dans ce sens que Dieu patiente.

L’humanité accorde peu d’importance à Dieu, voire pas du tout. Alors que Dieu pourrait légitimement condamner l’humanité, il fait le choix de patienter, il retient sa colère afin de nous donner la possibilité de nous repentir et de venir à lui. Puisque Dieu nous aime au point de retenir son jugement sur nous, il répondra d’autant plus à nos prières, car il ne souhaite pas notre malheur. Avons-nous foi en ce Dieu que Jésus nous présente ?

Jésus nous pose la question au verset 8 : « Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Dieu donne une occasion à l’humanité d’entrer en relation avec lui, mais tous les hommes feront-ils cette démarche de foi ? Cette question est justement une invitation à mettre notre foi en ce Dieu qui use de patience envers nous et qui écoute attentivement nos prières.

[Conclusion]

En racontant cette parabole, Jésus nous invite voir Dieu comme un Père qui souhaite prendre soin de ses enfants. Cette vision de Dieu devrait nous inciter à prier davantage et à persévérer dans la prière. Dieu n’est pas désintéressé de nous comme le juge injuste. Dieu n’est pas difficile à joindre comme certains services clients. Nous avons une ligne directe et illimitée pour l’appeler et il se réjouit de décrocher à chaque fois que nous l’appelons. Continuons donc d’espérer en lui, car il prend plaisir à nous bénir et continuons de prier sans nous décourager.

Christian Huy

Ouvrages consultés :
Bill Hybels, Trop occupé pour ne pas prier ; Amar Djaballah, Les paraboles aujourd’hui.

[1] Cette phrase est difficile à traduire à partir du grec car la tournure de la phrase n’est pas évidente. Vous ne trouverez peut-être pas ce verset formulé ainsi dans toutes les traductions.

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