Viens et suis-moi… (Luc 18.18-27)

duck-207344_640Que faire pour accéder au paradis ? À cette question, certains répondraient que le paradis n’existe pas et que rien n’existe en dehors du monde matériel. D’autres pensent que tous les gens bien iront au paradis, quelle que soit leur croyance religieuse. En fait, seul les gens vraiment mauvais n’iraient pas au paradis. Quant au discours chrétien, on entend très souvent dire que pour aller au paradis, il suffit simplement de croire que Jésus est sauveur et Seigneur. Quelle est la réponse de Jésus lui-même ? Dans le texte que je vous propose de lire ici, le Christ répond précisément à cette interrogation. Évangile selon Luc, chapitre 18, versets 18 à 27 :

18 Un chef interrogea Jésus et dit: «Bon maître, que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle?»
19 Jésus lui répondit: «Pourquoi m’appelles-tu bon? Personne n’est bon, si ce n’est Dieu seul. 20 Tu connais les commandements: Tu ne commettras pas d’adultère; tu ne commettras pas de meurtre; tu ne commettras pas de vol; tu ne porteras pas de faux témoignage; honore ton père et ta mère.»
21 «J’ai respecté tous ces commandements dès ma jeunesse», dit-il.
22 Après avoir entendu [cela], Jésus lui dit: «Il te manque encore une chose: vends tout ce que tu as, distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi.»
23 Lorsqu’il entendit ces paroles, l’homme devint tout triste, car il était très riche.
24 Voyant qu’il était devenu tout triste, Jésus dit: «Qu’il est difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu!
25 En effet, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu.»
26 Ceux qui l’écoutaient dirent: «Qui donc peut être sauvé?» 27 Jésus répondit: «Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu.»

Ce récit nous rapporte un dialogue entre un chef religieux et Jésus. La question qui est posée à Jésus est la suivante : «Bon maître, que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle ? » Autrement dit : que faire pour accéder au paradis ? 

Voici le début de sa réponse (verset 19) : « Jésus lui répondit: « Pourquoi m’appelles-tu bon? Personne n’est bon, si ce n’est Dieu seul. » » Notons que Jésus commence par affirmer qu’en dehors de Dieu, personne n’est bon. C’est une manière de laisser entendre qu’il est lui-même Dieu. Mais c’est aussi une manière de dire que si on pense être quelqu’un de bien, on se fait des illusions, car personne n’est bon, si ce n’est Dieu seul. On a souvent critiqué le christianisme en disant que c’était une religion culpabilisante. Il est vrai que la Bible nous enseigne que depuis Adam et Eve, tout homme vient au monde et grandi dans l’état de pécheur et que tous ont besoin du pardon de Dieu. Selon la Bible, si l’homme est pécheur, c’est parce que les premiers êtres humains, se sont détournés de Dieu. Comme ils se sont détournés de Lui, leurs descendants viennent au monde en étant séparés de Dieu. C’est vrai que vu comme ça, le christianisme pourrait être vu comme une religion injuste, accusatrice et pessimiste sur la nature humaine. Mais la Bible n’enseigne pas que cela. L’homme est contaminé par le mal, c’est vrai, mais il a une grande valeur aux yeux de Dieu. Quel que soient nos actes ou nos mauvais choix, la Bible affirme que Dieu nous aime parce que nous avons de la valeur pour Lui. L’homme est séparé de Dieu, mais celui-ci a tout fait pour renouer une relation avec nous. La balle est maintenant dans notre camp, nous avons le choix d’accepter ou de refuser la main que Dieu nous tend. Pour accepter cette main tendue, il faut commencer par reconnaître notre attirance envers ce qui déplaît à Dieu, il faut reconnaître que personne n’est bon si ce n’est Dieu seul et il faut suivre ce que le Christ enseigne. Voyons donc ce qu’il enseigne…

Après avoir affirmé que personne n’est bon en dehors de Dieu, Jésus dit au chef religieux que pour recevoir la vie éternelle, il faut respecter les commandements divins : « Tu ne commettras pas d’adultère; tu ne commettras pas de meurtre; tu ne commettras pas de vol; tu ne porteras pas de faux témoignage; honore ton père et ta mère. » Là encore, Jésus remet en question notre conception de la foi.

En tant que chrétiens protestants évangéliques, nous aurions tendance à dire que pour recevoir la vie éternelle, il suffit simplement d’avoir la foi. Mais ici, Jésus met en avant des actes. Pourquoi un tel accent sur les oeuvres ? La Bible précise bien que la foi seule est le moyen par lequel Dieu nous sauve, mais une foi authentique se manifeste par des œuvres. La foi ce n’est pas simplement une adhésion à des principes, la foi conduit à des actes, des actes qui proviennent de la foi. Ici, le chef religieux affirme avoir respecté tous les commandements dès sa jeunesse. On imagine qu’il a dû se dire : chouette, je suis en règle avec Dieu. Mais Jésus lui apprend qu’il lui manque encore une chose. Verset 22 :

Jésus lui dit: «Il te manque encore une chose: vends tout ce que tu as, distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi.»

En entendant cela, le chef religieux devint tout triste, parce qu’il avait beaucoup de richesse. Le texte ne précise pas s’il l’a fait, mais le récit nous laisse deviner qu’il n’a très certainement pas donné suite à l’appel de Jésus. Ce que Jésus a demandé au chef religieux n’est pas un commandement global, ce n’est pas une condition universelle pour aller au paradis. C’était une demande personnalisée, spécialement formulée pour le chef religieux. En lui demandant de renoncer à toutes ses richesses, Jésus a mit en évidence que l’homme riche tenait plus à ses biens matériels qu’à Dieu. Celui-ci préférait garder les trésors terrestres plutôt que d’y renoncer et d’avoir un trésor dans le ciel. Ses trésors terrestres étaient en quelque sorte son dieu, son idole. Une idole plus importante que le Christ.

Ce dialogue entre Jésus et le chef religieux nous apprend deux choses en particulier.

Tout d’abord, ne nous croyons pas être en règle avec Dieu seulement sous prétexte que nous suivons tous ses commandements. Le chef religieux obéissait à tous les commandements, mais Jésus a révélé l’état réel de son cœur. C’est une bonne chose d’obéir à Dieu, mais cette obéissance peut aussi devenir une manière de se justifier soi-même. Parfois il arrive que l’on se pose des questions sur un certain comportement : est-ce que tel ou tel comportement est permis par la Bible ou pas ? Prenons un exemple : est-ce qu’un chrétien a le droit de se faire des tatouages ? Que dit la Bible ? La plupart du temps, on aime avoir une réponse tranchée : oui ou non. Cette manière de réfléchir ne correspond pas au genre de relation que Dieu souhaite avoir avec nous. La question que nous devrions nous poser ce n’est pas : est-ce que la Bible permet le tatouage ? Nous devrions plutôt nous demander : est-ce qu’un tatouage sur mon corps plairait à Dieu ? Est-ce que ça lui rend gloire ? Si on consulte la Bible uniquement pour savoir si telle ou telle chose est permise, on risque d’utiliser la Bible avant tout pour légitimer ou interdire des comportements au lieu de lire la Bible pour mieux connaître Dieu et pour mieux lui rendre gloire.

Par ailleurs, la Bible ne parle pas de tous les comportements, et si on a vraiment envie de faire quelque chose, on trouvera toujours une manière d’interpréter la Bible pour justifier ce que l’on fait. Par exemple, avec la Bible des gens justifient des guerres. Avec la Bible des gens trouvent des arguments pour banaliser le divorce, les excès d’alcool, l’esclavage, etc.

Ne croyons pas être en règle avec Dieu seulement parce que nous obéissons à des commandements. Ce que Dieu souhaite aussi c’est avant tout une relation. Plus nous serons proches de lui, plus nous aimerons ce qu’il aime et nous détesterons ce qu’il déteste.

La deuxième chose que ce dialogue nous apprend, c’est que Jésus nous invite à renoncer à tout ce qui peut nous empêcher de le suivre. Les richesses ne sont pas une mauvaise chose, mais si j’aime plus mes richesses que Jésus, alors ma relation avec Dieu est compromise. Dans le cas du chef religieux, ce sont les richesses qui l’empêchent de suivre le Christ. Mais pour chacun de nous cela peut être autre chose. Certains peuvent aimer leur réputation plus que le Christ. Si Jésus leur demandait de renoncer à leur réputation pour le suivre, ils auraient du mal. Pour d’autre ça sera leur maison, leur confort, leur passion, etc…

Ces paroles de Jésus nous invitent à renoncer à tout ce qui peut entraver notre relation avec lui, à tout ce qui peut prendre plus d’importance que lui. Au verset 24, Jésus fait la remarque suivante : « Qu’il est difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Autrement dit, plus nous sommes attachés à des choses terrestres, plus ces choses risquent de prendre une place importante dans notre vie, plus nous aurons du mal à mettre Jésus en premier. À cette remarque, ceux qui écoutaient Jésus posèrent cette question :

« Qui donc peut être sauvé ? » 27 Jésus répondit: «Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu.»

Autrement dit : personne ne peut être sauvé, si ce n’est Dieu qui le sauve.

Remarquez que Jésus termine son discours de la même manière qu’il a commencé. On peut faire un parallèle entre le début et la fin du récit. Jésus a commencé en disant : personne n’est bon, si ce n’est Dieu seul. Et il termine en disant : personne ne peut être sauvé, si ce n’est Dieu qui le sauve.

Ce récit nous invite à dépendre entièrement de Dieu. Lui seul est bon et peut nous montrer comment vivre une vie qui lui l’honore. Lui seul peut nous faire entrer dans le royaume de Dieu. Même en obéissant à tous les commandements, nous n’y arriverons pas tout seul.

Pour conclure, revenons à la question de départ : que devons-nous faire pour hériter de la vie éternelle ?

Il me semble qu’avant de se focaliser sur ce que nous devrions faire, ce texte nous invite à nous focaliser sur Celui qui peut faire quelque chose pour nous, il s’agit de Jésus lui-même. Il est vrai que Jésus demande au chef religieux de faire quelque chose. Il lui demande de vendre tout ce qu’il a pour le donner aux pauvres. Mais la finalité, c’est surtout pour qu’il puisse ensuite le suivre Lui sans être retenu par quoique ce soit. Après avoir demandé à l’homme riche de vendre ses biens, qu’est-ce que Jésus lui demande ? Verset 22 : vends tous des biens, puis … « viens et suis moi » ! Dieu seul est bon et c’est en suivant le Fils de Dieu que nous discernerons ce qui est bien pour notre vie. Dieu seul peut nous sauver, c’est en suivant le Christ et seulement le Christ que nous aurons la vie éternelle.

Christian Huy

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